“Amour”, par Nicolas Grimaldi

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À lire dans l’abécédaire philosophique de Nicolas Grimaldi paru aux Presses universitaires de France.

C'est la seule justification de l'existence, sa plus bouleversante intensité, sa presque unique joie, et son constant, son obsédant tourment. Il n'est si bienheureuse plénitude qu'il ne promette, ni si profond malheur qu'il ne cause. Par amour, il n'est rien de si précieux qu'on n'accepte de perdre, ni si absurde péril auquel on ne s'expose. L'amour ne compare rien, ne mesure rien, ne juge rien. Aucune raison ne l'explique, et aucune ne le retient. Parce qu'il nous délie soudain de tout autre attachement, et parce qu'il dissout tout ce qui n'y a pas rapport, il est la plus pathétique et plus singulière expérience qu'on puisse faire de l'absolu. « Tout le reste n'est rien », dit Mariana Alcoforado évoquant l'amour avec les mêmes termes dont usent saint Augustin ou Pascal pour évoquer Dieu. Elle attestait ainsi que l'amour est la forme profane d'une expérience religieuse; de sorte que personne ne serait capable d'amour s'il ne vivait dans l'attente de Dieu.

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