Le chant des signes

« Anonymous » Une inquiétante hilarité

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Cet article est issu du numéro 57 de Philosophie magazine « 57 - mars 2012 », en kiosque le 23 février 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En se parant du visage souriant de Guy Fawkes, conspirateur anglais du XVIIe siècle popularisé par la bande dessinée V pour Vendetta, certains « indignés » se masquent pour lutter contre un ennemi réputé sans visage. Se cacher derrière un sourire pour exprimer son mécontentement ? Est-ce bien sérieux ?

 

Faute d’un drapeau rouge, le mouvement des indignés a son masque de combat. C’est un faciès goguenard dont les sourcils charnus et arqués interrompent un front lisse et encadrent des yeux sans prunelle, posés sur des pommettes saillantes et d’un rose bonbon qui en exagère la pâleur, un sourire lippu qui, sur le point d’éclater de rire, crucifie les joues, taille au coin des yeux trois rides profondes, divise les bajoues en méplats tendus vers la baïonnette acérée d’un menton dont la barbiche rectiligne et la moustache en V accusent le pic.

Ce n’est pas un visage, c’est un domino. Un domino narquois. Le Domino des dominés. Une poire fendue. Un rebelle hideux. Sous l’inquiétante hilarité d’une gueule cireuse, les curieux savent désormais reconnaître la bobine triangulaire de Guy Fawkes, exécuté en 1606 pour trahison et tentative de régicide sur la personne, entre autres, du roi d’Angleterre Jacques Ier. S’il est fréquent qu’un nom propre devienne un nom commun, il est beaucoup plus rare qu’un visage devienne un masque. Pourquoi les indignés ont-ils élu Fawkes à sa tête ? À quoi Fawkes doit-il d’être le joker des mécontents ?

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