Figures libres

Catherine Kintzler : “Avec Rameau, la musique se libère du bruit”

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© SuperStock/Leemage.

Composition 8, de Vassili Kandinsky (1923, dim. : 140 x 201 cm). Tableau exposé au Solomon R. Guggenheim de New York. © SuperStock/Leemage.

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Composée en 1748 par Jean-Philippe Rameau, le maître de la musique baroque française, l’ouverture de sa pièce “Zaïs” traverse le temps pour bousculer nos sensations. Spécialiste de l’esthétique musicale, la philosophe Catherine Kintzler explique en quoi cette œuvre inquiétante, se dégageant peu à peu du chaos des origines, nous rend acteur de ce que nous entendons.

 

 

Zaïs est une pastorale héroïque composée en 1748 par Jean-Philippe Rameau [1683-1764] sur un poème de Louis de Cahusac [1706-1759]. Le prologue de cette pièce lyrique destinée à la scène raconte la mise en ordre du monde par le génie Oromasès : c’est une histoire démiurgique. L’ouverture « peint le débrouillement du chaos », selon les mots mêmes de Cahusac. C’est un thème cher aux Lumières. Rameau propose une illustration à peine voilée de la devise maçonnique « Ordo ab chao » [en latin, « (vers) l’ordre à partir du chaos], l’ordre du monde émerge et se libère du désordre initial. Rameau nous fait entendre ce que personne n’a jamais entendu : la première Aurore. Il nous fait entendre l’inouï sous la forme d’une libération.

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