Catherine Kintzler : “Ne pas sacrifier la laïcité sur l’autel du terrorisme”
Catherine Kintzler en 2007 © Muriel Franceschetti
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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À l’opposé de Marcel Gauchet qui propose de resserrer les liens entre l’État et les cultes afin de contrôler les dérives de l’islam, la philosophe Catherine Kintzler s’inquiète d’une remise en cause de la loi de 1905.
Pour répondre au défi du terrorisme et du fanatisme, certains envisagent de changer les règles de la laïcité. Que leur répondez-vous ?
Catherine Kintzler : Que ce n’est pas en sacrifiant la laïcité sur l’autel du terrorisme qu’on gagnera. Le régime de laïcité est souvent confondu avec le principe de laïcité. Or ce régime repose sur l’articulation de deux principes indissociables. D’une part, ce qui participe de l’autorité publique est tenu à l’abstention au sujet des croyances et des incroyances. D’autre part, partout ailleurs, y compris en public, c’est la liberté d’expression qui s’exerce, dans le cadre du droit commun. D’où des abus qui reposent sur le même mécanisme : on prend l’un des principes et on prétend effacer l’autre. Une première dérive consiste à vouloir étendre à l’autorité publique le principe qui vaut pour la société civile : ce sont les tentatives d’« accommodements » à une nouvelle religion. L’autre dérive, c’est de vouloir appliquer à la société civile l’abstention que la laïcité impose à l’autorité publique : position qui prétend « nettoyer » l’espace social de toute visibilité religieuse (en fait brandie principalement contre une religion). La laïcité maintient l’articulation des deux principes et la respiration que constituent ces deux espaces. Alors changer en quoi ? Passer à un régime laïciste qui abolirait la liberté d’expression ? Passer à un régime de reconnaissance politique de communautés et « adapter » la laïcité à une religion ? Ni l’un ni l’autre.