Dossier / “Que faire nos angoisses ?”

Antoine Pelissolo : “L’anxiété est une peur qui s’étale dans le temps”

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Antoine Pelissolo : “L’anxiété est une peur qui s’étale dans le temps”

© Alexander Babarikin - @wrapped.nil

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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Spécialiste de l’anxiété, le psychiatre Antoine Pelissolo défend une « psychiatrie positive », convaincu qu’un patient informé, au fait de son fonctionnement psychologique, peut prévenir certains troubles. Il explique comment faire face. 

 

Que représente l’angoisse pour un psychiatre ?

Antoine Pelissolo : Dans les classifications et terminologies actuelles, le diagnostic des psychiatres porte plutôt sur l’anxiété que sur l’angoisse. Le terme « angoisse » a en effet été plutôt utilisé par les psychanalystes, même si les névroses d’angoisse recouvrent en réalité à peu près les mêmes phénomènes que les troubles anxieux – tels que l’anxiété généralisée, les troubles phobiques ou le trouble panique. Les explications qu’on leur apporte divergent, en revanche.

 

Comment peut-on regrouper ces différents phénomènes sous une même étiquette générique, « angoisse » ou « anxiété » ?

Je dis souvent que ce sont des produits dérivés de la peur. Sauf que la peur est en principe une émotion momentanée, alors que les troubles anxieux sont des états durables, imprégnés d’anticipation du danger et faisant appel à la mémoire. L’anxiété est une peur qui s’étale dans le temps. Cela explique la présence de troubles anxieux chez l’humain mais a priori moins chez les animaux, alors que la peur est commune à tous les mammifères. Il existe chez l’homme la conscience de soi, autorisant la formulation de questions existentielles. Chez les psychanalystes, l’inconscient se rajoute comme explication des névroses.

 

Quand l’anxiété devient-elle pathologique ?

L’anxiété permet heureusement de se prémunir de certains dangers ! Elle devient excessive quand la projection vers l’avenir n’anticipe plus seulement le danger mais excède son but, dans une projection virtuelle : est-ce que je ne vais pas me faire écraser dans la rue ? Me faire attaquer par un chien ? Rester coincé dans une pièce ? La réminiscence d’un événement passé peut aussi nous marquer au point d’induire, dans des cas extrêmes, un stress post-traumatique. Beaucoup de phobies sont déterminées par des expériences douloureuses qui provoquent un autoconditionnement, et la peur d’avoir peur explique finalement la pérennisation des troubles.

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