Cinéma
“The Apprentice” : petit Trump deviendra tyran
Sebastian Stan incarne Donald Trump dans le film “The Apprentice”, réalisé par Ali Abbasi. © Apprentice Productions Ontario Inc./Profile Productions 2 APS/Tailored Films Ltd. 2024
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Le film d’Ali Abbasi, en salles depuis mercredi, met en scène l’ascension de Donald Trump en tant que magnat de l’immobilier dans les années 1980, facilitée par un avocat véreux et sans états d’âme. Une réflexion passionnante sur la personnalité du futur président comme sur la guerre entre pouvoir politique et économique aux États-Unis.
Donald Trump serait-il, au fond de lui-même, quelqu’un de réfléchi et sympathique ? Hypothèse audacieuse, certes, mais qui effleure l’esprit devant The Apprentice d’Ali Abbasi, auteur en 2022 du remarqué Les Nuits de Mashhad (prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes). Le film retrace, en prenant quelques libertés assumées avec la réalité, la manière dont Donald Trump (incarné par Sebastian Stan) a conquis le marché immobilier à New York, dans les années 1980, devenant l’un des milliardaires les plus célèbres de la planète.
Le titre The Apprentice est inspiré de l’émission de téléréalité dans laquelle le futur président américain, jouant son propre rôle d’homme d’affaires, éliminait les candidats à un poste dans son groupe en lâchant sa réplique culte : « You’re fired ! » (« T’es viré ! ») Si ce biopic de jeunesse se montre plutôt tendre avec son protagoniste, du moins dans sa première partie, c’est pour mieux dresser le portrait de Roy Cohn (Jeremy Strong), impitoyable et fantasque avocat qui, avec des méthodes quasi mafieuses, a permis à Trump de forcer la main aux pouvoirs publics pour construire toujours plus d’immeubles luxueux.
Folie des grandeurs
Devant ces images dont le grain vintage évoque certaines sitcoms des années 1980, on plonge dans la démesure et l’ardeur entrepreneuriale propre aux années Reagan, entre golden boys hors sol, drogues diverses et sentiment général d’impunité. Habillé et coiffé comme un étudiant sage, parlant avec son phrasé typique (lèvres projetées en avant, débit calme) mais sans agressivité ni outrance, peu à l’aise avec la consommation de shots de vodka, Donald Trump a tout d’un jeune premier, affable, ambitieux, manquant d’assurance. Son rêve n’en est pas moins déjà mégalomaniaque : redorer le blason de Manhattan en rachetant de vieux immeubles pour les transformer en habitations luxueuses, notamment hôtelières, et empocher une gigantesque plus-value au passage.