États-Unis / Présidentielles
Roger Berkowitz : “Donald Trump fait éclater les limites du politiquement correct”
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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
[Actualisation : Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis, mercredi 9 novembre 2016] Alors qu’il accumule les provocations, le candidat républicain mène le jeu dans la campagne pour les primaires de son parti. Le politologue américain Roger Berkowitz analyse ce phénomène.
Comment expliquez-vous le succès de Donald Trump ?
Roger Berkowitz : Trump dit beaucoup de choses malhonnêtes et scandaleuses, qui me consternent. Mais, que cela me fasse plaisir ou non, c’est l’un des candidats les plus populaires que l’Amérique ait connu depuis longtemps. Il s’adresse en priorité à la classe moyenne, en ciblant trois enjeux. Le premier est l’immigration illégale, c’est le point qui concerne la plupart des ouvriers. Même s’il a des propos xénophobes, Trump n’est pas contre l’immigration en tant que telle. D’ailleurs, il n’a pas d’idéologie raciste : il a foi dans le succès qui justifie tout pour lui et pense que la race n’a rien à voir avec le succès. En revanche, il sait que, chaque semaine, une usine ferme et que les emplois partent au Mexique ou en Chine, ou que le travail est confié à des immigrés illégaux qui gagnent moins que le salaire minimum américain. Trump a bien compris le ressentiment des travailleurs. Et son projet de construire un mur à la frontière mexicaine sert à convaincre qu’il prendra le problème à bras-le-corps. Alors que Clinton et Sanders reconnaissent du bout des lèvres qu’ils ont tous les deux voté par le passé pour la construction d’une clôture qui n’a jamais vu le jour, Trump ne craint pas de dire qu’il aime le mur comme il aime ses hôtels et qu’il fera inscrire son nom dessus ! Bref, il fait éclater les limites du politiquement correct.