Là est la question
“Athée, dois-je accepter que ma femme juive fasse circoncire notre enfant ?” Charles Pépin répond à vos dilemmes
Illustration : © Vincent Boudgourd. Photo : © Serge Picard pour PM
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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine « La mort, autant s’y préparer », en kiosque le 30 octobre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
LE DILEMME DE MATHIEU
Ma compagne (de religion juive) et moi (athée) attendons un petit garçon qui va naître bientôt. Dois-je accepter de le circoncire, quitte à renier mes valeurs (ne pas porter atteinte à l’intégrité physique, laisser la liberté à mon fils le moment venu de choisir ses croyances et même sa circoncision, ne pas accepter le poids des traditions sans réfléchir, avoir foi en l’égalité entre les animaux humains, garder sa foi intime sans signe distinctif…) ? Ou dois-je maintenir ma volonté de ne pas le circoncire et rester fidèle à mes valeurs universalistes, quitte à attrister ma compagne, me mettre potentiellement sa famille à dos et peut-être affecter les relations avec mon fils ? Deux précisions : j’ai toujours été clair, depuis notre rencontre, que je ne circoncirais jamais mon fils si j’en avais un. Et que j’accepterais, bien sûr, que ma compagne et sa famille transmettent leur religion à mon fils.
La réponse de Charles Pépin
Vous vous trouvez, cher Mathieu, devant un sacré dilemme ! D’un côté, il me semble qu’accepter la circoncision relèverait d’une infidélité à ce qui compte vraiment pour vous et que vous détaillez de manière précise et convaincante. Lorsque vous évoquez votre volonté de ne pas circoncire votre fils, vous dites que cela pourrait affecter vos relations avec lui. Mais accepter la circoncision dès les premiers mois de sa vie pourrait également vous être reproché un jour par votre fils, et donc affecter vos relations avec lui. Imaginez-le à 16 ans, comprenant vos valeurs, votre athéisme, votre sens de la liberté de choix et du questionnement… Il se pourrait bien qu’il vous reproche d’avoir accepté sa circoncision, et par là même de vous être trahi, et se demande pourquoi vous avez ainsi abdiqué sur ce qui est, pour vous, essentiel. Votre réponse (faire plaisir à votre femme, ne pas déplaire à sa famille…) risque fort de ne pas satisfaire cet adolescent idéaliste, en quête d’absolu ou au moins de cohérence, que votre fils sera peut-être devenu… Et s’il cherche, comme c’est possible à cet âge-là, quelque chose à vous reprocher, il tombera donc immédiatement sur sa circoncision et il aura raison.