Le diable dans les détails
Au parfum
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous décrivons les odeurs par des comparaisons (viriles, féminines, capiteuses…). Or, pour comprendre comment elles flottent dans l’époque et nous influencent, il faudrait réinventer notre vocabulaire, et cerner chaque odeur comme unique, détachée des autres perceptions.
Les sons et les lumières dans lesquels on s’immerge, les odeurs qui enveloppent prennent une place de plus en plus importante dans notre monde perceptif.
Le regard de spectateur qui saisit les objets à distance sur le fond d’un horizon, avec un avant et un arrière caché, qui donne les choses par aspects et éclats, avec des effets de masquages par les objets intercalés, a de moins en moins de place : nous scannons l’espace en quête des signes qui nous guideront. Le reste, selon l’expression consacrée, nous le zappons. Voyez comment nous nous orientons dans une gare, un centre commercial ou la rue remplie de piétons : nous suivons les signes qui orientent nos déplacements. Les odeurs qui s’échappent d’une boutique de viennoiserie changent l’expérience du couloir de métro. Le reste est flou ou inexistant.
L’époque est « ambiantale », époque d’atmosphères et d’ambiances. Celles-ci font l’objet d’une mise en forme, d’un conditionnement à finalité commerciale et esthétique. Esthétique et économique sont indissociables, et le design est la nouvelle discipline reine qui les réunit. Les parfums bénéficient évidemment de ce déplacement des priorités perceptives. Ils ne sont pas nouveaux, mais l’intérêt explicite pour eux et leur portée esthétique, existentielle et même métaphysique, ne remonte guère plus loin que Baudelaire.