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“Banal Gens” : pourquoi sommes-nous souvent des caricatures de nous-mêmes ?

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“Banal Gens” : pourquoi sommes-nous souvent des caricatures de nous-mêmes ?

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« Banal Gens » est un compte Instagram qui montre des galeries de personnages types. Si cet humour fonctionne, n’est-ce pas un peu parce que nous prenons parfois un malin plaisir à être nous-mêmes des clichés ? Décryptage avec Erving Goffman. 


Personne n’échappe à sa caricature…

« C’est pas pour moi c’est pour un ami ! » , jubile un jeune homme tout sourire, en faisant un clin d’œil appuyé. Voici un exemple de ce que propose le compte Instagram humoristique assez particulier « Banal Gens ». La page se présente comme une galerie de photos d’individus aux visages ultra expressifs. Chaque cliché est accompagné de la phrase type : celle que la personne aurait pu prononcer au regard de son expression et de son accoutrement.

Avec ses quelque 130 000 abonnés, le compte Instagram en vogue joue sur un présupposé simple : l’habit fait le moine. En société et dans la vie de tous les jours, nous sommes souvent très prévisibles. Il suffit parfois de scruter les vêtements et la mine de quelqu’un pour s’amuser à deviner ce qu’il va à peu près penser ou dire concernant un sujet donné, mais aussi pour anticiper la manière dont il peut réagir. « Miiince, fallait rien dire ? Que je peux être gaffeuse ! », s’exclame par exemple une femme avec de grands yeux écarquillés, un visage crispé et un petit col étriqué de chemise à carreaux, tandis qu’un quadragénaire à polo rayé bleu qui fixe l’objectif d’un air goguenard demande : « Et ça, c’est nos impôts ? » On imagine sans peine les voix qui vont avec.

“Il suffit parfois de scruter les vêtements et la mine de quelqu’un pour s’amuser à deviner ce qu’il va à peu près penser ou dire, mais aussi pour anticiper la manière dont il peut réagir”

 

Très souvent, la page Instagram tape juste. Les phrases types, celles que l’on formule sans s’en rendre compte, sont restituées avec une précision qui laisse admiratif. On a l’impression que celui qui est à l’origine de ce compte se promène dans les rues avec un petit carnet, pour saisir au vol les bribes de phrases issues de situations banales, prononcées par des personnes de tous horizons et en des lieux variés – telle cette jeune femme apparemment en pleine nature qui demande avec un air à la fois préoccupé et bienveillant : « C’est quand la dernière fois que tu t’es vraiment écoutée ? » Cette façon de décoder les petites phrases de la vie quotidienne s’inspire des codes humoristiques en vogue dans les scènes de stand-up. Mais il peut aussi trouver ses racines dans des courants beaucoup plus anciens : celui des moralistes du XVIIe siècle comme La Bruyère, auteur des célèbres Caractères (1688), ou Saint-Simon, qui dans ses Mémoires (posth., 1829) brosse le portrait des personnages de la cour de Louis XIV. Écrivains et humoristes excellent dans l’art de repérer les traits distinctifs, les mimiques et les petites obsessions propres aux différents milieux sociaux.

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