Barbara Cassin : « Aller à la découverte du multiple, du divers et de la relation »

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Barbara Cassin : « Aller à la découverte du multiple, du divers et de la relation »

© Nicolas Mahler pour PM

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« Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » avait inscrit Platon au fronton de son Académie. Et aujourd’hui ? Cinq philosophes reviennent sur leur propre formation et proposent des voies pour faire mieux.

« Une scène de ma scolarité m’a marquée. J’étais en terminale au lycée La Fontaine à Paris, et ma professeure – Edmée Mottini – a demandé à la classe : “Qui était Socrate ?” J’ai levé la main et répondu : “C’était un Athénien…” Je m’apprêtais à dérouler de longues phrases, car j’avais lu Platon, mais elle m’a interrompue : “Ça suffit.” Ça m’a bluffée.

Autre moment décisif : une dissertation sur le thème de “la limite”, que j’ai faite en hypokhâgne au lycée Pasteur, où mon professeur était Michel Deguy. J’avais vraiment transpiré sur cette dissertation. Il me l’a remise avec cette seule annotation : “Le côté dialectique est entrevu. 10/20.”

Ces deux souvenirs renvoient à ce que j’appelle des “déclics de bon prof”. Le bon professeur est en effet celui qui, au détour d’une phrase, par une remarque brève ou un geste inattendu, vous surprend et vous ouvre un monde. Savoir provoquer ces déclics est une compétence pédagogique, décisive et fort éloignée du cours magistral. L’enjeu est ici maïeutique : comme le voulait Diotime, qui initia Socrate, il faut partir d’un petit truc sensible pour gagner l’universel ; ainsi, la vision d’un beau corps fait apprécier les beaux corps et mène à l’idée du beau ; de même, il est des petites choses qui s’expliquent immensément.

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