Benoît Jacquot. Jacquot bat des “elle”
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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Son dernier film, 3 cœurs, nous avait envoûtés. Après Les Adieux à la reine, adaptation du roman historique de Chantal Thomas, Benoît Jacquot y confronte Benoît Poelvoorde, magistral contrôleur fiscal emporté par la passion, à la rencontre de deux sœurs, Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni. Est-il possible d’aimer deux sœurs l’une après l’autre, l’une à travers l’autre ? Que cherche-t-on et qu’aime-t-on dans l’être aimé ? Tout en soulevant avec tact ces interrogations, le film laisse ultimement le cœur, un cœur fragile mais persévérant, prendre le dessus sur la pensée. Et puis, il y eut cet entretien. Face aux questions de Socrate, le réalisateur n’avait plus que le mot « elle » à la bouche. Était-ce le même homme ? Sans doute. À condition de convenir que, dans la vie de Benoît Jacquot aussi, la pensée se laisse parfois dominer par les affects.
Quel est votre démon ?
Elle. Au singulier.
La question qui vous tourmente ?
Tu m’aimes ?
De quoi doutez-vous ?
D’elle.
L’animal que vous préférez à l’homme ?
Elle-même.
Le banquet de votre vie ?
Encore elle.
Vous êtes obsessionnel ?
Complètement.
Quel est le penseur qui vous accompagne ?
Cartesius. Un penseur français du XVIIe siècle mort en Suède. Ceux qui ne parlent pas le latin ne le connaissent que sous le nom de Descartes. Mais il s’appelait ainsi.