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“Christian Dior. Couturier du rêve”. L’intelligence en dentelles

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Exposition-Dior_Exposition Dior © Luc Boegly - 2017

Exposition Dior © Luc Boegly - 2017

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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si l’apparente légèreté des tenues de la maison Dior cachait une profondeur insoupçonnée ? La preuve avec l’exposition “Christian Dior. Couturier du rêve” au musée des Arts décoratifs, à Paris, jusqu'au 8 janvier 2018, qui dévoile les plus belles créations du fondateur de la griffe et de ses successeurs.

Un « génie léger » pour Cocteau, « dont le nom magique comporte Dieu et or » : la maison Dior vient de fêter ses soixante-dix ans. La riche exposition que lui consacrent les Arts décoratifs vaut le coup d’œil, en dépit des foules qui s’échauffent dans ses allées, ne serait-ce que pour les merveilles baroques de John Galliano ou les épures de Raf Simons. Depuis la création de la marque, en 1946, jusqu’aux dernières collections, les salles en enfilade retracent un pan de l’histoire de la mode et une certaine idée du goût français. La marque n’a en fait jamais cessé de décliner un même style, fait de lignes pures, « architecturées » – ainsi le tailleur Bar, devenu iconique du « New Look » après guerre –, et de modèles classiques, rehaussés de motifs floraux, inspirés du XVIIIe siècle, « le plus français » pour Emil Cioran. « C’est le salon devenu univers, c’est le siècle de l’intelligence en dentelles, de la finesse pure, de l’artificiel agréable et beau », écrit-il en 1941 dans De la France (L’Herne, 2009). Dans ce court essai rédigé en roumain, le philosophe émigré à Paris se livre à la radiographie de son cher pays d’accueil, dont il loue la paradoxale profondeur des apparences. « La divinité de la France : le Goût. Le bon goût. Selon lequel, le monde – pour exister – doit plaire ; être bien fait ; se consolider esthétiquement ; avoir des limites ; être un enchantement du saisissable ; un doux fleurissement de la finitude. » Et d’ajouter : « Nous sommes dans un peuple de l’immanence, qui a créé le genre inimitable des détails subtils et révélateurs de l’existence dans le monde : l’ornement. » Christian Dior et ses émules – à commencer par Yves Saint Laurent, premier successeur à la mort du maître en 1957 – entretiennent cet héritage constitué de détails subtils et de petites perfections. Ces raffinements sont aussi la marque d’un ennui existentiel suscité par un « excès d’être » et de rationalité, qui n’était pas étranger à Cioran. « La France a opposé l’élégance à l’infini, poursuit-il. De là tous les mérites et toutes les déficiences de son génie. »

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