Les livres au carrefour des idées
Quand l’intelligence artificielle entre dans nos vies… et dans nos têtes
© Pawel Czerwinski/Unsplash
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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Quel est le point commun entre un écrivain psychiatre qui soigne les troubles du cerveau à l’hôpital Sainte-Anne, un philosophe qui se confronte à ChatGPT pour traiter les sujets du bac philo et un spécialiste de l’anarchie qui s’empare de la très longue histoire de l’IA ? L’idée que l’intelligence humaine, bousculée par la machine, n’a pas dit son dernier mot.
« Nous ne savons pas ce que peut le corps », écrivait Spinoza. Le psychiatre Raphaël Gaillard, lui, a quelques pistes… Comme le carnet d’un vagabond fébrile au cœur de la psyché, L’Homme augmenté offre une méditation en forme de récit haletant d’un professionnel sur le pouvoir d’hybridation du cerveau. Il nous emmène dans les tunnels de La Pitié-Salpêtrière entre deux opérations, à l’hôpital Sainte-Anne où il développe la neuromodulation – pour traiter, entre autres, la dépression –, dans un trip psychédélique en écoutant les Pink Floyd pour préparer un protocole de recherche. Remontent à la surface quelques pages des Poussières d’étoiles d’Hubert Reeves, la « palpitation de la nature » et surtout ce « sentiment de pérennité » qui pourrait soigner certaines angoisses.
Aujourd’hui, à l’aide d’électrodes apposées sur le crâne, on a réussi à faire projeter sur un écran l’écriture manuscrite d’un patient tétraplégique par la seule force de sa pensée. Notre cerveau a cette faculté de « faire nôtres ces membres ou organes bioniques ». Le cerveau dévore tout – drogues, écrans, membres artificiels – dans une « très nietzschéenne volonté de puissance ». Pourtant, dans son pôle hospitalo-universitaire, Raphaël Gaillard ne croise pas de surhommes. Au contraire : « Un rien survient, la machine, la nôtre, s’enraye. » Alors les promesses d’une nouvelle intelligence humaine font sourciller. Si « notre cerveau ne se supporte déjà plus », comment peut-on envisager son augmentation ? Le médecin craint même une « épidémie » à venir de « troubles mentaux ».