Le chant des signes

Cigarette électronique: la fumée sans feu

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Cigarette électronique: la fumée sans feu

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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle fait un tabac sans en contenir un brin. Et si le vapotage signait le triomphe de la manière sur la matière et, scandale, permettait de jouir sans se nuire ?

C’est un objet à la fois virtuel et volumineux, un cylindre métallique et composite, une sorte de flûte pour manchot, un hochet qui, quand on l’inhale, donne un peu le sentiment de sucer un stylo. On le tète en le tenant d’une main, par la base, tandis que le pouce ou l’index presse le bouton luminescent qui envoie la vapeur. Comme la cheminée dont les bûches de métal peint dissimulent un allume-gaz, ou encore les boulangeries qui, à l’aide d’un ventilateur chimique, répandent à leur seuil une aguicheuse et artificielle odeur de panification, tout est faux dans la cigarette électronique : le glycol tient lieu de tabac, les parfums sont de synthèse, le foyer n’est qu’une diode, la « fumée » n’est qu’une buée… Mais comment se fait-il, alors, que le plaisir qu’on en retire soit plus vrai que nature ? Quelle grâce a doué de vie ce truc en toc ? À quoi tient l’effet de réel, le supplément d’âme d’une si fascinante contrefaçon qu’elle régale son utilisateur tout en remplaçant le feu par l’électricité ?

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