Civil War. Un écroulement intérieur

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Civil War. Un écroulement intérieur

Civil War. © Metropolitan film

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Cet article est issu du Hors-série n°68 de Philosophie magazine « Pourquoi les civilisations disparaissent », en kiosque le 25 février 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le fantôme de la guerre civile n’a jamais cessé de hanter les États-Unis – plus ou moins discret, plus ou moins effrayant, mais surtout bien présent aujourd’hui. Comme si le monstre avait pris suffisamment de substance pour apparaître sinon au grand jour, du moins sur les écrans.

 

Les uns contre les autres

Washington D.C. vacille. Les Forces de l’Ouest, qui coalisent des insurgés texans et californiens, foncent sur la capitale, tandis que sur le front sud de la rébellion, l’Alliance de Floride progresse. Dans Civil War (2024), le réalisateur Alex Garland imagine des États-Unis en proie au chaos, entre milices fratricides, exécutions sommaires et scènes de torture. La caméra filme cette guerre intestine à travers le regard de quatre photoreporters qui tentent de rallier la Maison-Blanche pour interviewer le président avant la probable chute du régime. Étrange dystopie, qu’il serait hâtif d’interpréter comme une simple préfiguration de ce qui attend l’Amérique trumpiste. Si certains détails – les lunettes rouges d’un tortionnaire raciste – évoquent le danger Maga, d’autres sèment le doute. Le chef de l’État est-il démocrate ou républicain ? A-t-il opéré un coup d’État ? Pourquoi un conflit tripartite ? L’objet de la discorde est-il d’ordre racial, puisque tous les combattants sont blancs ? La force de Civil War est de penser un scénario parmi d’autres de désintégration des États-Unis depuis l’intérieur. La chute de l’empire américain ne sera pas la faute des étrangers. Comme pour la Rome antique ? Dans le livre La Guerre civile (Gallimard, 2021), le philosophe Guillaume Barrera affirme que la République romaine a disparu du fait d’une accumulation excessive de richesses, dans un contexte d’expansion incontrôlée. Le butin de guerre (praeda, en latin, qui a donné « prédation ») ne saurait être entièrement confisqué par une élite, sans quoi le tissu social finit par craquer. « À Rome, l’inégalité politique n’a pas engendré la guerre civile, elle a plutôt favorisé le dynamisme et la santé d’un régime mixte. D’où le mal est-il sorti ? De la guerre perpétuelle et des victoires toujours plus nombreuses. » L’accumulation frénétique suppose un minimum de redistribution, sans quoi, l’écroulement guette.

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