Décryptage

Marilyn Monroe, l’énigme d’un visage

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Salle de vente aux enchères de la société Christie’s, Manhattan, New York (États-Unis), le 29 avril 2022. Un homme contemple l’œuvre “Shot Sage Blue Marilyn” (1964) d’Andy Warhol, exposée avant sa mise en vente. Le 9 mai, elle sera acquise après seulement quatre minutes d’enchères par le marchand d’art Larry Gagosian, pour la somme record de 195 millions de dollars

Salle de vente aux enchères de la société Christie’s, à New York (États-Unis), le 29 avril 2022, où l’œuvre “Shot Sage Blue Marilyn” (1964) d’Andy Warhol était exposée avant sa mise en vente le 9 mai.Elle a été acquise après quatre minutes d’enchères par le marchand d’art Larry Gagosian, pour la somme record de 195 millions de dollars. © Angela Weiss/AFP

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Pourquoi le visage de Marilyn Monroe fascine-t-il toujours autant ? Cet engouement soulève une énigme encore invisible, et pourtant palpable, bien loin du cliché de la blonde à tête creuse et au visage bien fait. Analyse, à l’occasion de la vente record du tableau Shot Sage Blue Marilyn peint par Andy Warhol en 1964, le 9 mai dernier.

Un idéal de perfection

L’invention de son visage – Femme solaire à la silhouette plantureuse, Marilyn Monroe naît Norma Jeane Mortenson en 1926 à Los Angeles, d’un père inconnu et d’une mère absente. Elle incarne le canon de beauté des années 50 promu par l’industrie hollywoodienne (hanches larges, taille fine et poitrine de pin-up). Son visage est calqué sur les codes de cette féminité idéalisée, qui définit la grâce du mouvement par le juste équilibre entre le pulpeux et le fin, le large et l’étroit : petit nez et grande bouche ronde et pleine, grand front en balcon et petit menton arrondi, pommettes bombées et yeux entrouverts. Son visage joue sur le contraste entre la fragilité et la force, la pudeur et l’affirmation de soi, devenant un puissant objet de désir pour les hommes autant qu’un modèle pour les femmes.

L’icône pittoresque – Pour accéder au statut d’icône pittoresque, Marilyn Monroe façonne son visage et doit suivre des rituels toujours plus contraignants. Comme un tableau, l’air naturel de son visage réclame une technique complexe, du maquillage à la chirurgie esthétique : pas moins de cinq pigments de rouges pour nuancer chaque région de ses lèvres, coups de pinceau droits pour relever le contour de ses sourcils, mais aussi supplice chimique de la soude caustique pour transformer sa rousseur d’origine en blondeur transparente, ou encore opération pour retoucher un menton qu’elle juge « déformé ». Son air spontané et candide, qui transparaît autant sur papier glacé qu’à l’écran, est le fruit d’un travail assidu.

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