Claude Lévi-Strauss. Noir Brésil
La grande sabana, Amazonie vénézuélienne (cc) Yves Jalabert / Flickr
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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En partant pour l’Amazonie, Claude Lévi-Strauss dit adieu à la philosophie de ses maîtres. De sa confrontation avec les peuples sans histoire, il rapporte une critique radicale de l’arrogance occidentale.
« Je hais les voyages et les explorateurs. »
L’incipit de Tristes Tropiques est provocateur. Au moment où Claude Lévi-Strauss s’apprête à raconter ses voyages, violant un interdit de la profession ethnologique qui commande de décrire le résultat du voyage et non le voyage lui-même, il critique l’illusion du voyageur partant en quête d’expérience authentique et rapportant des fragments d’images dépourvus de sens. Le voyage rêvé par l’ethnologue devait mettre en contact avec le primitif, origine simple du devenir historique permettant de circonscrire l’humanité depuis ses formes les plus éloignées : Claude Lévi-Strauss découvre des sociétés pétries de contradictions, prises dans des processus historiques complexes, au bord de la disparition. « Comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? […] Ce que d’abord vous nous montrez, voyages, c’est notre ordure lancée au visage de l’humanité. »