Anniversaire
Centenaire du “Tractatus logico-philosophicus”
Ludwig Wittgenstein en 1939. © Norman Malcolm / Wikimedia commons
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Il y a 100 ans paraissait le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein. Ses répercussions seront immenses sur l’ensemble de la philosophie contemporaine. Que retenir de ce petit texte de quatre-vingt pages ? Réponse avec la philosophe Chiara Pastorini, autrice de Ludwig Wittgenstein. Une introduction (Pocket, 2011).
Le Tractatus logico-philosophicus
Comme son titre l’indique, le Tractatus logico-philosophicus est un livre de logique philosophique. Les problèmes abordés dans l’ouvrage concernent la nature du langage et le rapport entre ce dernier et le monde. Il s’agit d’un texte très synthétique (environ quatre-vingt pages) mais dense, présentant de nombreuses difficultés de lecture.
Comment a-t-il écrit ce livre ?
Le Tractatus est le seul livre que Wittgenstein a publié de son vivant, en 1921. Sa gestation a été assez longue et complexe. Le projet remonte probablement à l’année 1911, quand Wittgenstein séjourne à Manchester pour poursuivre ses études d’ingénierie. Tandis qu’il travaille à la conception d’un moteur à réaction pour les avions, sa curiosité l’éloigne de l’ingénierie et le pousse vers les mathématiques, puis vers l’enquête philosophique sur les fondements des mathématiques. Il s’intéresse aux œuvres des logiciens Gottlob Frege (et, notamment, à ses Lois fondamentales de l’arithmétique, de 1893) et de Bertrand Russell, auteur des Principles of Mathematics (1903). Wittgenstein découvre ainsi la logique. À l’automne de cette même année, sa décision est prise : il part pour Cambridge, afin de suivre les cours de Russell. Il y reste jusqu’en 1913, puis s’installe dans le petit village de Skjolden, en Norvège, situé dans l’anse d’un fjord immense. Il y demeure, isolé du reste du monde, jusqu’en 1914. Son séjour norvégien représente une période de grande créativité intellectuelle, pendant laquelle Wittgenstein aboutit à certains résultats théoriques essentiels du futur Tractatus. La guerre éclate dans la foulée. Wittgenstein éprouve l’exigence intérieure de se mettre à l’épreuve pour découvrir ses limites (son vrai moi) en affrontant la mort. Il s’enrôle volontairement dans l’armée autrichienne comme simple soldat. Tout au long de cette période militaire, Wittgenstein transcrit ses remarques philosophiques dans des carnets qu’il emporte toujours avec lui. La majorité sera détruite par sa volonté en 1950 – n’en restent que trois, publiés à titre posthume. C’est à partir de ces carnets compilés pendant l’expérience de la guerre qu’est composé le Tractatus logico-philosophicus, une sélection d’aphorismes que Wittgenstein numérote et réorganise jusqu’à parvenir au résultat final. La numérotation, qui fait apparaître l’articulation logique entre les propositions, reprend celle des Principia mathematica de Russell. Le Tractatus est terminé en 1918.