Kézako
Connaissez-vous l’hydroféminisme ?
© VolodymyrKozin/iStockphoto
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Depuis une dizaine d’années, des philosophes et des artistes promeuvent un « féminisme de l’eau », où cet élément, qui compose nos corps et nous traverse, permet de repenser notre rapport aux autres, loin des lourdes hiérarchies de nos représentations. Explications.
En 2012, la philosophe australienne Astrida Neimanis publie un article intitulé « Hydrofeminism: Or, On Becoming a Body of Water » (traduit par « Hydroféminisme. Devenir un corps d’eau »). Selon elle, le « féminisme de l’eau » se situe dans la continuité de deux courants. Elle s’inspire tout d’abord d’une forme de biologie aquatique. Elle cite notamment le généticien David Suzuki, qui insiste sur le fait que « nos cellules sont remplies d’eau. Toutes nos réactions métaboliques prennent place dans une solution aqueuse ». Elle s’appuie également sur le féminisme dit différentialiste des années 1970 — ce qu’on appelle la seconde vague du féminisme. La philosophe Luce Irigaray n’affirmait-elle pas : « En moi, tout flue déjà » ? Celle-ci lie en effet liquide et féminité :
“Dans l’humide, la semence des vivants trouve sa fécondation. Non dans l’érection phallique, son masque. […]. La source, le fleuve, la mer, le lait, le sang… sont les forces privilégiées de son engendrement”
Luce Irigaray, Amante marine de Friedrich Nietzsche (1980)
Informe, affranchi des rigidités et des hiérarchies de la masculinité, le fluide est une puissance horizontale, féconde de mutation et de devenir. Il « détruit toutes maisons » édifiées sur le sol ferme de la terre, « renverse toutes institutions, se rit de toute stabilité. Délivre ce qui est déjà emmuré. Fait sourdre les flux gelés dans des parois solides ». La différence féminine coule donc entre les doigts ; elle ne peut être saisie ou capturée, elle ne peut pas être représentée dans les coordonnées figées de la métaphysique occidentale masculine, selon Irigaray.