Hommage
“Conversation à La Cathédrale” : LE roman de Mario Vargas Llosa qu’il faut lire absolument
Mario Vargas Llosa, écrivain péruvien, en 1980. © Bernard Charlon/Gamma-Rapho
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Mario Vargas Llosa, qui vient de s’éteindre le 13 avril, a enchanté ses lecteurs par ses contes truculents. Mais on se souvient moins d’un roman ambitieux et plus complexe, qui est pourtant son chef-d’œuvre, Conversation à La Cathédrale, qui date de 1969. Où comment raconter dans un bistrot crasseux, avec une polyphonie de voix, toute l’histoire récente de son pays, le Pérou. Alexandre Lacroix l’a relu pour nous.
Il y a quelques jours s’est éteint le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, au Pérou, où il était né en 1936.
Il a peut-être, au cours des dernières décennies de son existence, abusé de ses prodigieux talents de conteur et de son goût de la politique, multipliant les romans efficaces mais plutôt faciles et les prises de position polémiques, se faisant le héraut du néolibéralisme après avoir combattu les dictatures sud-américaines, comme s’il s’agissait là d’un même et unique combat pour les libertés. Mais au fond, qu’importe cette dernière phase conservatrice et un peu paresseuse sur le plan artistique ! Car Mario Vargas Llosa est l’auteur d’une œuvre destinée à rester, et surtout, d’un des romans les plus marquants du XXe siècle, comparable aux Cent Ans de solitude (1968) de son frère d’armes Gabriel García Márquez, Conversation à La Cathédrale (1969).
“Aucun autre roman ne m’a donné autant de travail. C’est pourquoi, si je devais sauver du feu un seul de mes romans, ce serait celui-ci”
Ce classique de la littérature sud-américaine continue d’exercer fascination et influence sur les nouvelles générations d’écrivains hispanophones, mais il est étrangement peu connu en France, où il n’est même pas disponible en édition de poche. Pourtant, comme le souligne avec lucidité Vargas Llosa dans sa préface de 1998 : « Aucun autre roman ne m’a donné autant de travail. C’est pourquoi, si je devais sauver du feu un seul de mes romans, ce serait celui-ci. » L’exergue donne également une indication précieuse pour entrer dans ce roman à la lecture – ne le cachons pas ! – difficile, en tout cas déroutante dans les cinquante premières pages. Cette exergue, tirée des Petites Misères de la vie conjugale d’Honoré de Balzac, annonce un programme : « Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un vrai romancier, vu que le roman est l’histoire privée des nations. » Autrement dit, le roman explore la société de haut en bas, pas pour en faire la théorie mais pour dévoiler la vie intime des humains et la manière dont celle-ci s’articule aux rapports de pouvoir.