Clivages
Croyant/ Athée
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Cet article est issu du numéro 51 de Philosophie magazine « 51 - été 2011 », en kiosque le 30 juin 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les deux camps se reprochent de rater ce qui fait que l’existence mérite d’être vécue. Pourtant, il est peut-être tout aussi difficile de croire que de ne pas croire, rappellent aussi bien Épicure que Kant.
C’est curieux : les croyants et les athées, qui se détestent parfois les uns les autres, se renvoient souvent le même reproche : « Nihiliste ! » Simplement, ils le font dans deux sens tout à fait opposés. Pour les croyants, le nihilisme (du latin nihil, « rien ») signifie « ne croire en rien », ce qui est, à leurs yeux, à la fois dangereux et néfaste. C’est ce que dit la fameuse phrase de Dostoïevski : « Si Dieu n’existe pas, alors rien n’est vrai, tout est permis. » Car, pour ceux qui croient, l’existence de l’homme sans Dieu est vouée à se réduire à la simple immanence, aux seuls besoins de la vie animale, voire aux seuls désirs matérialistes et consuméristes. Sans foi, plus de loi, plus de vérité, plus de morale, plus de vie commune. Pour les athées, le terme nihiliste a un sens exactement contraire : c’est prendre les « messies » pour des lanternes ; c’est préférer le fantasme d’une vie rêvée dans l’autre monde à la vie réelle dans l’ici-bas. Comme le disait Pierre Dac : « Je préfère le vin d’ici à l’au-delà », ce qui revient à dire : « Un tiens, vaut mieux que deux tu l’auras. » Tandis que le croyant passe et gâche sa vie à attendre une autre vie meilleure très improbable, l’athée lui préfère le réel au rien.