Revue de presse

Dans la tête d’Elon Musk

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New York (États-Unis), le 2 mai 2022. Elon Musk à l’édition 2022 du gala du Metropolitan Museum of Art

New York (États-Unis), le 2 mai 2022. Elon Musk à l’édition 2022 du gala du Metropolitan Museum of Art. © Angela Weiss/AFP – photo modifiée par PM

Philomag vous propose chaque semaine une sélection d’articles parus dans la presse française et étrangère, rassemblés autour d’une thématique commune. Des articles qui nous ont surpris, questionnés, dérangés. L’occasion de découvrir de nouveaux points de vue sur le monde et les événements qui font l’actualité.

Cette semaine, une question : que veut Elon Musk ? Le patron de Tesla est sous le feu des critiques depuis quelques jours, après le rachat de Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. Mais pourquoi donc racheter le réseau social ? Faut-il s’en inquiéter ? Comment cette décision s’inscrit-elle dans les projets de long terme du milliardaire ?

 

Marius-Joseph Marchetti : “Imaginez, un riche qui préfère claquer 44 milliards pour un idéal politique, la liberté d’expression, plutôt que laisser cet argent stagner”

« La haine contre Musk révèle l’ignorance économique » et de « la haine de la liberté », sur fond d’« égalitarisme » dogmatique, s’insurge Marius-Joseph Marchetti dans la revue libérale Contrepoints. Pour l’économiste, qui mobilise Hayek à la rescousse, s’en prendre au patron de Tesla (et homme le plus riche de la planète), c’est méconnaitre qu’il n’est de progrès social sans liberté. « Musk fait davantage pour le pouvoir d’achat de l’individu lambda que tous les syndicalistes et hommes politiques du monde, et davantage pour l’écologie en aidant à fournir des moyens de production plus efficients que tous les écologistes reconvertis du communisme défaillant. » Sans doute ne redistribue-t-il pas directement sa fortune. Mais la redistribution n’est pas la solution, parce qu’elle s’évanouit en « consommation présente ». Musk joue un rôle beaucoup plus fondamental, pour Marchetti : il utilise sa fortune « pour investir dans des nouvelles méthodes de production », ce qui permettra à terme de réduire « les besoins des individus pour toujours ».

 

Jeffrey Miron : “Les entités privées ou publiques ne pourraient pas fonctionner correctement sans restreindre la liberté d’expression, ce que Musk ne reconnaît pas”

Le confrère de Marchetti, Jeffrey Miron, est beaucoup moins élogieux à l’égard du milliardaire dans L’Express. Il conteste en particulier l’étiquette de libertarien que ce dernier revendique pour justifier ses décisions. « Elon Musk n’est pas un libertarien, c’est un “Musk-tarien” ! Il veut tout simplement ne pas avoir à respecter les règles, sauf celles qu’il aime ou qui lui sont utiles. Autrement dit, il veut faire ce qu’il veut sans que l’on ne vienne interférer dans ses affaires. » Un simple égoïsme, qui n’a pas grand-chose à voir avec le libertarisme. En effet, « le libertarianisme ne prône pas l’absence totale de règles : il croit plutôt en un ensemble limité de règles qui seraient appliquées de manière cohérente à tout le monde. Ignorer celles que nous n’aimons pas tout en imposant les nôtres aux autres, ça n’est pas être libertarien, c’est être égoïste. Et c’est ce que fait Elon Musk. »

 

Phil Torres : “Musk est intoxiqué par la nouvelle religion séculaire du long-termisme”

Mais au juste, que veut donc Elon Musk ? Quelle est sa « vision de long terme » ? C’est la question posée par le philosophe Phil Torres dans la revue Salon. Et de renverser l’interrogation : ce qui caractérise l’approche du milliardaire, c’est précisément l’obsession pour le « long terme ». Toute la vision de Musk est subordonnée à une sorte de responsabilité messianique : sauver l’humanité du « risque existentiel » qu’elle représente pour elle-même. Dans cette optique, « nous ne devons aider nos contemporains seulement dans la mesure où cela garantira l’existence des générations futures ». Ce qui explique que Musk puisse se conduire tantôt de manière apparemment très morale, tantôt de manière manifestement immorale. La morale ne compte pas face à l’objectif de garantir la perpétuation de l’humanité (en particulier sa migration vers d’autres régions de l’espace). Ce messianisme, qui pourrait de prime abord paraitre grotesque, a de quoi inquiéter, car il ne restera pas un voeu pieux. Musk a acquis « un tel pouvoir » qu’il est en mesure d’influer, de manière toujours plus décisive, sur « la marche future de la civilisation humaine sur terre ».

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