États-Unis / Port d’arme
Décidément, nous ne sommes pas américains
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Cet article est issu du numéro 70 de Philosophie magazine « 70 - juin 2013 », en kiosque le 30 mai 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le 17 avril dernier, le projet de loi de Barack Obama visant à encadrer les ventes d’armes était rejeté par le Sénat. Où l’on touche un point de divergence majeur entre les démocraties américaine et européennes.
Le 14 décembre 2012, dans une école élémentaire d’un petit village du Connecticut nommé Sandy Hook, un jeune de 20 ans est entré armé d’un fusil d’assaut Bushmaster AR-15 et a ouvert le feu, faisant 28 morts, dont 20 enfants. Barack Obama a saisi, si l’on peut dire, la chance historique que lui offrait cette tragédie pour remettre sur le tapis un sujet tabou aux États-Unis, l’encadrement des ventes d’armes. Il a ainsi proposé un projet de loi dont les mesures principales étaient l’interdiction du commerce d’armes d’assaut, des armes ayant des chargeurs de munitions à très grosse capacité, mais aussi la vérification des antécédents des acheteurs. C’était là un projet de loi plutôt modeste et raisonnable, dans un pays où l’on estime à 310 millions le nombre d’armes à feu possédées par les civils. Le Sénat a refusé d’un bloc ces mesures. Vu de France, cela signale à la fois la faiblesse d’Obama, la puissance maléfique de la National Rifle Association, le lobby influent de l’armement, mais dénote aussi un certain obscurantisme. Or, si nous avons tant de mal à comprendre l’attachement des Américains à la vente libre des revolvers, fusils et autres pistolets-mitrailleurs, c’est que nous avons avec eux un profond désaccord sur la conception même de la démocratie.