Développement impersonnel
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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En 2010, l’Armée de terre lance une vaste campagne de recrutement. Le slogan ? « Devenez vous-même », affiches et spots publicitaires à l’appui. L’un d’eux montre un jeune soldat en patrouille, la caméra est subjective. Alors qu’il rejoint ses camarades, l’objectif se tourne face à lui et une voix off demande : « Depuis quand vous ne vous êtes pas dépassé ? » Comprenez : devenir soi ne se fera pas sans l’intégration au groupe, la médiation des autres. Notez que cette campagne préfère reléguer l’obéissance et la discipline au second plan… Si Nietzsche se serait probablement étonné de voir la formule « Deviens ce que tu es » ainsi utilisée, que dire d’autres tentatives de réappropriation liées à la vague du développement personnel ? Le secteur de la mode, les entreprises, les divers marchands de bien-être et de mieux vivre… tous emballent leur discours du conseil existentiel de devenir enfin soi, moyennant l’adhésion à une idéologie, ou l’achat d’une paire de baskets.