Théâtre
“Dom Juan ou le festin de pierre”. Tombeur déboulonné
Dom Juan de Molière, mis en scène par David Bobée. © Arnaud Bertereau
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Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le metteur en scène David Bobée revisite la pièce de Molière. Si Dom Juan a inspiré nombre de philosophes – de Kierkegaard à Camus –, le séducteur concentre ici tout ce que l'époque rejette désormais, nous emmenant sur les ruines du mâle.
« Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n’est rien d’égal au théâtre : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans théâtre n’est pas digne de vivre. » En montant Dom Juan, le metteur en scène David Bobée affiche la couleur. Car dans le texte original, Molière parle du « tabac ». Les commentateurs ont d’ailleurs avancé des interprétations diverses de son éloge cryptique – certains évoquent une saillie matérialiste pour un monde sécularisé. Mais, dans La Riposte de Molière (Verdier, 2022), le philosophe Paul Audi – suivi ici par David Bobée – y voit plutôt une ode déguisée au théâtre, à ce remède que les ennemis du dramaturge considéraient au XVIIe siècle comme un poison… Il faut dire que cette scène liminaire introduit une pièce sacrilège, et le libertin Dom Juan a inspiré les philosophes. Il est pour Kierkegaard le représentant du « stade esthétique » de la vie, guidé par la pure immédiateté du désir, tandis que, pour Camus, « l’épouseur du genre humain » incarne l’absurdité de l’existence, « tournée vers des joies sans lendemain ».