Entretien
Élisabeth de Fontenay. « Une communauté de destin entre les hommes et les bêtes »
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Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Tout, le tout immense, la somme de ce qui ne se constitue que d’atomes et de vide est une totalité, instable – mais non pas en devenir – que ne cesse, selon le hasard et la nécessité, d’organiser et de désorganiser le clinamen, la déclinaison, la continuelle déviation des insécables. Et comme on ne saurait trouver, dans cette physique, d’atomes doués de vie et que le vide est tout sauf une matrice, les vivants ne devraient y recevoir aucune spécificité, aucun privilège.
Mais le De rerum natura n’est pas un système, c’est un poème dans lequel d’étranges énoncés font déborder, sans pour autant la contredire, la stricte ligne de la théorie épicurienne dans la mesure où les êtres vivants hantent cette œuvre et semblent se jouer du sévère mécanisme atomiste. Lucrèce porte en effet une tendre attention aux animantes, à ceux qui respirent, c’est-à-dire à ceux qui ont une âme matérielle et mortelle, un animus – un esprit –, indissociable d’une anima – un principe de vie, un souffle.