Couple, famille, sexualité

En librairie : “Vivons heureux avant la fin du monde”, ou comment repenser nos vies intimes

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En librairie : “Vivons heureux avant la fin du monde”, ou comment repenser nos vies intimes

© Philosophie magazine Éditeur – © Arte Éditions

Vivons heureux avant la fin du monde, notre nouveau livre sort en librairie ce jeudi !

Pourquoi notre modèle conjugal est-il en crise ? Comment vivre en famille quand les histoires d’amour durent de moins en moins longtemps ? Où en sont nos scénarios sexuels ? Peut-on atteindre l’égalité dans le couple ? Dans cet ouvrage inspiré du podcast Vivons heureux avant la fin du monde, Delphine Saltel mêle le récit de soi aux rencontres avec des anonymes, des universitaires et des activistes. Elle livre un essai tonique, informé et sensible, qui repolitise la grande aventure du couple. Une co-édition Arte Éditions et Philosophie magazine Éditeur.


© Philosophie magazine Éditeur – © Arte Éditions

Couverture du livre Vivons heureux avant la fin du monde. © Philosophie magazine Éditeur – © Arte Éditions

« On doit être en 1984. J’ai 8 ans, je suis invitée avec une dizaine d’autres enfants à l’anniversaire d’une copine d’école, Sophie. On est tous dans sa chambre, on commence à en avoir un peu marre du Mastermind et du Docteur Maboul. Sophie propose de jouer au papa et à la maman. Chacun se cherche un partenaire. Je m’arrange pour me retrouver avec Grégory Maribeaud, une grande gueule aux yeux noirs dont je suis amoureuse depuis la maternelle et qui ne m’a jamais calculée. On emménage tous les deux dans un coin de la pièce avec dînette et poupons Corolle puis, à un moment, quelqu’un éteint la lumière : “On dirait que ce serait la nuit et qu’on irait se coucher.” Alors, je m’allonge par terre près de Grégory Maribeaud et, assez vite, dans notre lit imaginaire, on se met à se toucher comme on pense que les adultes le font le soir sous les draps.

C’est un des moments les plus forts de mon enfance. Le plaisir total d’être là, allongée sur le parquet froid, collée contre le corps du petit garçon, les caresses à tâtons, ses cheveux dans mon visage. Ça dure à peine deux minutes. Bientôt Sophie imite le chant du coq : “On serait le matin !” Fin des attouchements. Je me relève sans rien dire, mais du haut de mes 8 ans, c’est comme si je venais d’avoir une révélation. Après l’enfance, il y aura l’âge adulte et cette promesse de bonheur : la vie conjugale. Une maison, un lit commun, les jours à partager avec un homme, la complicité des corps.

Je repense souvent à ce moment. Presque quarante ans plus tard, son souvenir reste encore très net dans ma mémoire, incrusté, comme une scène originelle. Il m’attendrit et, en même temps, il me consterne. Pourquoi diable, à peine au CE2, étais-je déjà programmée pour me caser en ménage ? Il semble que dans mon imaginaire de petite fille s’est fixée, dès cet âge-là, l’aspiration à vivre en couple. Et que rien n’a pu l’en déloger ensuite. J’ai eu beau grandir, déménager très loin de Grégory Maribeaud, faire des études supérieures censées m’élargir l’esprit, lire Simone de Beauvoir et King Kong Théorie, galérer dans pas mal d’histoires d’amour foireuses, observer les couples de mon entourage se faire la guerre ou s’ennuyer, je suis restée cramponnée au même idéal : un jour, je rencontrerai l’homme qu’il me faut, on habitera ensemble, on aura des enfants, on fera l’amour le soir et ce sera super. Point barre.

Quand je me suis installée avec celui qui allait devenir le père de mes deux filles et qui est toujours mon compagnon aujourd’hui, j’avais très peu réfléchi à ce qui nous attendait vraiment. J’avais 32 ans, beaucoup d’attentes mais aucun outil pour les interroger et réfléchir au schéma dans lequel je m’étais toujours projetée. J’avais construit ma culture politique à la fac, dans des AG où s’organisaient les manifestations contre le Front national ou le néolibéralisme. J’étais fascinée par le militantisme coup-de-poing, radical et créatif d’Act Up ou d’Attac. En revanche, la manière d’organiser nos relations amoureuses ou ce qu’il se passait au sein du couple hétérosexuel ne me semblaient pas des sujets politiques urgents. J’avais l’impression que ces combats avaient déjà été menés par les féministes des années 1970, que l’égalité des sexes était un principe acquis et que le reste allait rouler tout seul. En gros, il suffisait de s’aimer et tout irait bien. J’exagère à peine ma naïveté. Oui, ça semble fou aujourd’hui mais je regardais ailleurs. Je ne me posais pas de questions. »

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