Dossier / “Pourquoi se complique-t-on la vie ?”

Enquête : démêler le sac de nœuds familial

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Enquête : démêler le sac de nœuds familial

©Kai Kniepkamp 

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Cet article est issu du numéro 191 de Philosophie magazine « Pourquoi se complique-t-on la vie ? », en kiosque le 03 juillet 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La vie avec nos proches pourrait être un havre de paix… elle est souvent un nid d’embrouilles. Philosophes et psychiatres expliquent comment rendre plus fluides les relations entre parents. 

 

Ils sont nos amours, nos parents, nos enfants, nos frères et nos sœurs. Nous les aimons, nous les soutenons, nous pensons les connaître par cœur. Nos relations avec eux devraient donc être apaisantes, simples et fluides. Mais les choses sont rarement aussi roses. Il suffit de rendre visite à ses parents pour le constater. Passé les retrouvailles, on remet les vieilles querelles sur la table. On commence par se charrier, se chahuter sans ménagement. Et on finit par s’irriter ou se vexer. On rentre chez soi parfois frustré, avec l’envie d’en découdre à nouveau. C’est ainsi que des petites guerres plus ou moins larvées animent et enveniment les réunions annuelles et les repas dominicaux.

Et s’il était tout à fait normal que nos proches nous mettent les nerfs en pelote ? Et si ça faisait partie du jeu de la famille d’être horripilés par eux, malgré tout l’amour qu’on leur porte ? Certaines craintes sont consubstantielles à l’existence même d’un groupe familial. « La rivalité ordinaire fait partie de la vie des fratries », relève ainsi la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet, notamment autrice de Tu haïras ton prochain comme toi-même (Albin Michel, 2017). À ses yeux, les scènes de la vie quotidienne l’attestent : « On voit les enfants qui s’accrochent à leur mère, l’un à une jambe, l’autre au bras. Ils sont prêts à la mettre en morceaux pour l’avoir pour eux tout seuls. Et puis ils comptent le nombre de frites pour que ce soit parfaitement égal, mus par la peur fondatrice d’être lésés. » 

 

Une portée de porcs-épics

La famille est par essence un espace de tensions et de complications. Quand on se réunit avec nos proches, on ne se comporte pas comme une colonie de fourmis, avec un système bien huilé et laborieux, mais comme une portée de porcs-épics. « Cette métaphore, forgée par Schopenhauer et reprise par Freud, souligne que nous sommes dotés de piques, mais mus par un profond désir d’être ensemble. Quand on se rapproche trop longtemps, on se blesse. Mais quand on s’éloigne, on se sent seul. On finit donc quand même par revenir les uns auprès des autres. Ce va-et-vient entre nécessaire proximité et frictions désigne une agressivité normale », analyse Hélène L’Heuillet.

“Quand on se rapproche trop longtemps, on se blesse. Mais quand on s’éloigne, on se sent seul. On finit donc quand même par revenir les uns auprès des autres”Hélène L’Heuillet

Et puis il y a la pique de trop. Celle qui ne passe pas tant elle fait mal. Celle qui ne passera plus jamais. Lors des réunions de famille, une parole de ce type peut déclencher des explosions de colère d’autant plus spectaculaires qu’elles semblent inattendues. Si la colère est si forte, si elle déborde, c’est souvent parce qu’il y a eu une intention de blesser. « Dans ce genre de cas, il y a de la haine, c’est-à-dire une atteinte à l’être de l’autre, un désir de le tuer symboliquement. Et il suffit parfois d’un seul mot pour tuer quelqu’un », explique Hélène L’Heuillet. Cette conflictualité obéit à une logique de défouloir qui amène à dire à l’autre ses quatre vérités – « d’ailleurs, précise-t-elle, il y en a souvent plus de quatre ». Sous couvert de franchise, on abîme celles et ceux que nous sommes censés aimer le plus. 

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