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Est-il encore possible de résister à l’empire des écrans ? Trois livres répondent

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Est-il encore possible de résister à l’empire des écrans ? Trois livres répondent

© Olivier Monge/Myop

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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le numérique dévore notre vie sociale. Un journaliste, un philosophe et un sociologue explorent la façon dont il rend les sociétés plus violentes, les individus esclaves des géants du Web et les esprits absents les uns aux autres. Ces trois livres présentent leur constat… et leurs remèdes. 

 

Une idée persiste dans la Silicon Valley : la technologie n’est pas mauvaise en soi, ce sont plutôt nos usages qu’il faut blâmer. Elle serait même un miroir révélant notre nature profonde. La violence en ligne ne serait ainsi que l’expression d’une société intrinsèquement violente. C’est en substance ce que les hauts responsables de Facebook ont répondu au journaliste américain Max Fisher quand il est parti les interroger dans leurs fastueux bureaux de Palo Alto. Pas très convaincant pour le reporter du New York Times, qui a compilé des années de recherche, de témoignages de lanceurs d’alerte et d’universitaires pour aboutir à une conclusion inverse : les algorithmes poussent certains contenus marginaux haineux, extrêmes et conspirationnistes, car ils suscitent plus d’attention et d’interaction, donc davantage de revenus publicitaires. Chaos Machine est le résultat de cette enquête titanesque où l’on peut suivre dans des dizaines de pays et de langues le même effet de cette stratégie cynique des réseaux sociaux : fabriquer du dissensus, de l’affrontement et de la violence. En Californie, une jeune mère qui fait des recherches sur Facebook à propos de la vaccination des enfants tombe inévitablement sur un flot de pages « antivax », alors que cette communauté est très réduite dans les sondages d’opinion. Au Brésil, le même mécanisme provoque des « ondes de choc de désinformation », de la rumeur d’un coup d’État de l’armée à l’hypothèse d’une inoculation de maladies mortelles par des puissances étrangères. En dopant les publications tendancieuses et haineuses, le sentiment d’hostilité finit par infiltrer les esprits des dirigeants politiques – aux États-Unis, plus d’un député sur neuf appartient à au moins un groupe Facebook d’extrême droite – comme ceux de la population. Fisher raconte cette histoire sidérante : à partir de 2012, l’arrivée d’Internet et de Facebook en Birmanie coïncide avec la popularisation croissante de posts de moines bouddhistes vindicatifs répandant des accusations mensongères sur la minorité musulmane. Au point que des émeutes éclatent en 2014 à Mandalay. Pour apaiser les esprits, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de fermer localement la plateforme…

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