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Exposition “Amazonies”, au musée des Confluences : âmes tressées

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Exposition “Amazonies”, au musée des Confluences : âmes tressées

Totem ©Musée des Confluences - Bertrand Stofleth - Étape d’un rituel de nomination - 2018 Brésil, État du Pará, village de Motukôre, culture mebêngôkre (kayapo). ©Musée des Confluences – S.Guiraud/Jabiru Prod

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Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine « Comment se changer les idées ? », en kiosque le 28 mai 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ashaninka, Kayapo et Wayana-Apalaï : ces trois peuples sont au cœur du musée des Confluences. Amazonies, s’intitule l’exposition qui montre leurs richesses variées, réparties sur un vaste territoire, aux confins de plusieurs frontières, avec le Brésil, le Pérou, la Colombie, la Bolivie, le Venezuela, la Guyane française… De grandes distances séparent les Kayapo, qui se distinguent par la magnificence de leurs parures de plumes, les Wayana-Apalaï, maîtres dans l’art de tresser les paniers, ou les Ashaninka, réputés pour la finesse de leurs tissages. Mais une vision commune du monde les réunit, fondée sur ce que l’anthropologue Philippe Descola a appelé l’animisme. Il consiste, comme il l’écrit dans Formes du visible, à penser « l’imputation à des non-humains d’une intériorité de type humain – la plupart des êtres ont une “âme” – combinée au constat que chaque classe d’existants, chaque genre de chose, est pourvue d’un corps propre qui lui donne accès à un monde particulier qu’elle habite à sa façon. » Les Amazoniens forgent des mythes qui expliquent la genèse de cet « infini chatoiement des discontinuités » établi sur « fond d’une continuité culturelle initiale ». Ces histoires primordiales sont racontées à l’entrée des sections, consacrées à chacun des trois peuples réunis au fil du parcours. Comme l’explique l’anthropologue, ils « ont cherché à retrouver la plénitude physique d’avant la spéciation en empruntant aux autres espèces ce que chacune a conservé du corps infiniment puissant des origines. Faites pour l’essentiel de fragments d’animaux, les parures remplissent en partie cette fonction ». De splendides exemples sont mis en valeur, dont des tuniques et des paniers. Les Wayana-Apalaï, poursuit Philippe Descola, sont en effet « de remarquables vanniers qui décrivent les paniers, hottes, corbeilles et plateaux que les hommes confectionnent comme “vivants”, des incarnations d’êtres mythiques aux intentions agressives et qu’il faut manipuler avec précaution ». Deux représentants des Ashaninka ont fait le voyage le jour de l’inauguration. Ils ont dit l’attention portée à ces artefacts, comme ces tuniques tissées à la main qui prennent des mois à réaliser, teintes avec des plantes cueillies dans la forêt. Or ce milieu de vie se réduit à vue d’œil comme en atteste une grande carte à la fin du parcours. Elle montre la menace que fait planer sur eux la déforestation. Ce n’est plus seulement une vision animiste qui relie ces différentes populations mais une lutte existentielle et un engagement politique pour leur survie. Dont dépend aussi la nôtre ? 

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