Exposition

“Enfin le cinéma !” au Musée d’Orsay : genèse du spectateur

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Gustave Caillebotte (1848-1894), “Le Pont de l’Europe”, 1876-1877, huile sur toile 105,7 × 130,8 cm. Conservé au Kimbell Art Museum de Fort Worth (Texas, États-Unis)

Gustave Caillebotte (1848-1894), “Le Pont de l’Europe”, 1876-1877, huile sur toile 105,7 × 130,8 cm. Conservé au Kimbell Art Museum de Fort Worth (Texas, États-Unis). © Kimbell Art Museum

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Au musée d’Orsay, l’exposition « Enfin le cinéma ! » s’intéresse aux débuts du 7e art. Où l’on apprend notamment que le spectateur n’a pas eu besoin d’attendre Méliès et les frères Lumière pour exister… Passionnant.

 

Saisir le mouvement est un ancestral rêve d’artiste. Peintres, sculpteurs, poètes, tous tentent de saisir le vivant dans sa nature changeante. Au XIXe siècle, Rodin représente ainsi Galatée, que dépeint Ovide dans ses Métamorphoses, des peintres comme Camille Pissarro, Gustave Caillebotte ou Louis Anquetin saisissent l’agitation de la ville, Claude Monet ou Paul Signac transcrivent l’impression de la nature sur leurs toiles, ses couleurs changeantes et son souffle. C’est à ce « rêve de cinéma » d’avant le cinéma – pouvoir saisir la vie mouvante, animer l’inanimé – que l’exposition au musée d’Orsay s’intéresse. Car celui-ci prend un tour nouveau au début du XIXe siècle, alors que l’effervescence scientifique et technique offre de nouvelles manières d’enregistrer ces métamorphoses.

 

Louis Anquetin (1861-1932), “Place de Clichy, le soir”, 1887. Pastel, 69 x 53 cm, collection particulière. © Peter Schälchli, Zurich

 

Louis Anquetin (1861-1932), “Place de Clichy, le soir”, 1887. Pastel, 69 × 53 cm, collection particulière. © Peter Schälchli, Zurich

 

La vitesse et le mouvement sont aussi dans l’esprit du temps. D’abord, les avancées de la science permettent de mesurer les changements microscopiques autant que cosmiques, de saisir les mouvements complexes de la nature. Mais cette nouvelle sensibilité ne se limite plus à un rêve d’artiste ou à une préoccupation techno-scientifique. Elle gagne l’ensemble de la société, éprise de vitesse et de mobilité. Avec l’essor des grandes villes et de leurs lumières, l’expansion du capitalisme et l’intensification des flux de marchandises comme de personnes, la mécanisation et la division du travail, le développement du train et du télégraphe, de nouveaux rapports au monde s’instituent, qui libèrent du temps. Comme le souligne le sociologue allemand Hartmut Rosa, l’expérience majeure de la modernité est celle de « l’accélération du rythme de vie ». Et la photographie rend en quelques minutes ce que le peintre mettait des jours à réaliser ou le poète à décrire. Le cinéma et les industries du divertissement occuperont en partie, au siècle suivant, le temps de loisir ainsi libéré par l’accélération…

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