Entretien

Krzysztof Pomian : “Les musées orientent le regard de la société vers l’avenir”

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Krzysztof Pomian

Krzysztof Pomian © Mantovani/Gallimard/Leemage

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Ouverture de la Collection Pinault, réouverture du Musée Carnavalet, projet de création d’un musée-mémorial du terrorisme : le paysage muséal se transforme avec l’inauguration de nouveaux lieux. L’historien et philosophe Krzysztof Pomian, auteur d’une monumentale histoire mondiale du musée, éclaire le rôle de ces institutions dans la société.

 

Le musée Carnavelet vient de rouvrir à Paris, après quatre ans de travaux, en se présentant comme un « musée de l’accumulation et du temps ». Que vous évoque cette formulation ?

Krzysztof Pomian : Le temps et l’accumulation sont le lot de tous les musées. Tout musée est le produit d’une sédimentation dans le temps. La formule est donc trop générale pour saisir la spécificité du musée Carnavalet, exceptionnel à plusieurs égards. C’est le premier musée d’une ville capitale, d’autres vont se multiplier à sa suite en Europe. Il émerge, comme ses répliques ailleurs, alors que la ville subit un bouleversement radical – celui du projet haussmannien, auquel nous sommes redevables du Paris d’aujourd’hui mais qui a littéralement liquidé le Paris d’autrefois. Cela se passera de façon assez similaire à Berlin, où le musée de la ville naît au moment d’une transformation urbaine profonde quand, devenue la capitale du Reich après avoir été celle de la Prusse, Berlin connaît un développement fulgurant. De même à Rome, dans les années 1930, le musée de la ville arrive au moment où Mussolini commence à l’éventrer pour bâtir la ville moderne… Carnavalet est un bel exemple du besoin de préserver différents éléments de la ville d’avant les grandes destructions et constructions qui l’ont modifiée profondément.

“Les musées apparaissent en général pour sauver un passé qui n’est plus, ou qui est en voie de disparition” Krzysztof Pomian

 

C’est donc un musée paradoxal, qui préserve ce que l’on détruit ? 

Il s’agit d’un phénomène tout à fait normal dans l’histoire des musées, qui apparaissent en général pour sauver un passé qui n’est plus, ou qui est en voie de disparition – qu’il s’agisse des vestiges de l’Antiquité au XVe et au XVIe siècle, ou des vestiges de la France de l’Ancien Régime à l’époque révolutionnaire. C’est toujours au moment où le passé commence à disparaître que l’on se met, parfois trop tard, hélas ! à se dire qu’il faut en conserver ce qui peut l’être. 

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