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“Le Musée, une histoire mondiale, t. 1 : Du trésor au musée”, de Krzysztof Pomian

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“Le Musée, une histoire mondiale, t. 1 : Du trésor au musée”, de Krzysztof Pomian

Le grand historien franco-polonais Krzysztof Pomian s’est lancé dans une entreprise aussi ambitieuse qu’inédite : rédiger une « histoire mondiale » du musée. Sous le titre Du trésor au musée (Gallimard, 704 p., 35 €) paraît le premier volet d’une série qui devrait compter trois volumes et qui couvre la période des origines jusqu’au XVIIIe siècle. Pomian y détaille les conditions qu’il a fallu réunir pour qu’émerge – relativement tardivement, à savoir au XVIe siècle – l’institution qui correspond à ce nous considérons aujourd’hui comme un musée. Et avec quel succès ! Originellement occidental, le musée est progressivement devenu un phénomène universel : entre le souci de démocratiser l’accès aux biens culturels, celui d’éduquer ou d’attirer les touristes, on compte aujourd’hui environ 80 000 musées à travers le monde qui sont tous « à la fois vitrines et miroirs de nos sociétés sécularisées ».

Mais si le premier musée est né à la fin du XVe siècle en Italie, qu’est-ce qui le distingue d’un trésor, royal et sacré, qui a toujours existé dans toutes les civilisations ? La réponse se situe dans la valeur proprement esthétique de ce que montre le musée et qu’il rend public. Le musée devient alors l’un des signes les plus visibles d’une société qui sort de la sphère religieuse et se projette vers l’avenir. 

 

Tous les musées mènent à Rome

Comme on s’en doute, le chemin qui conduit jusqu’à l’invention du musée moderne est long et sinueux. Pomian nous entraîne sur les différentes étapes d’un parcours qui passe par la Chine des Han et la France de Charles V ou de François Ier, mais s’arrête plus longuement en Italie, puisque c’est là qu’il situe son berceau véritable. C’est à Rome en effet que, selon lui, est né à le premier musée il y a cinq cent cinquante ans environ, très précisément le 15 décembre 1471, quand un groupe de statues ancienne a été installé au Capitole, peut-être par décision du pape Sixte VI. Par la suite, le musée s’est diffusé au-delà des Alpes aux XVIe et XVIIe siècles avant de se répandre dans l’ensemble de la chrétienté, puis dans le reste du monde.

Qu’est-ce qui fait qu’un musée est un musée ?

Mais qu’est-ce qui caractérise le musée et en quoi se distingue-t-il des autres formes de rassemblement d’objets ? Pomian fait remonter l’histoire du musée à cet ancêtre qu’est pour lui le trésor, lui-même héritier des anciens tombeaux, et que l’on trouve dans toutes les cultures où le pouvoir est sacré. Mais il y a une différence fondamentale entre eux : la valeur du trésor vient des matières précieuses des éléments qui le composent (ou les reliquaires qui les contiennent), alors que, dans le cas du musée, c’est seulement la qualité esthétique ou artistique de l’objet qui compte. Le musée se distingue aussi de la collection particulière, marquée par la force de la relation émotionnelle qui lie le collectionneur aux objets qu’il a réunis. Le musée, lui, est doublement public : d’abord parce qu’il n’est pas la propriété exclusive d’un seul individu (ou d’une groupe d’individus) et ensuite parce qu’il se doit d’être accessible à un maximum de visiteurs.

Un signe de la sortie du religieux

Le musée se caractérise aussi par le rapport qu’il entretient au sacré et au religieux. Pomian explique qu’il ne peut apparaître dans une société qu’à partir du moment où « la religion perd sa place de croyance collective dominante […] au profit des idéologies » et où « les anciens interdits qui corsetaient les mœurs sont abolis ». Le musée est lui-même un lieu séculier qui soustrait au culte religieux les objets qu’il présente en leur ôtant leur charge spirituelle… mais il les sacralise à son tour d’une façon nouvelle et très spécifique puisqu’il les transforme en objets dignes d’admiration, voire d’adoration. 

Une projection vers l’avenir

Enfin, soutient Pomian, le musée dit quelque chose du rapport que la société entretient avec le temps. Selon lui, « le musée accompagne ce passage d’une société passéiste à une société futurocentrique » dans la mesure où le simple fait de rassembler des œuvres est toujours orienté vers un avenir lointain et indéterminé. Il ne se contente pas d’exposer des objets témoignant d’une gloire passée (par exemple d’une conquête militaire) mais se donne pour  objectif de les conserver et de les transmettre, pour l’éternité.