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Exposition “Clair-Obscur” : la Bourse de Commerce entre chien et loup
Tout au long d’un parcours éclectique, l’exposition « Clair-Obscur » présentée à la Bourse de Commerce sonde l’esprit du temps depuis ses zones d’ombre. Une traversée du brouillard qui met de nombreux artistes – de Pierre Huyghe à Victor Man (photo) en pleine lumière.
« “Le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumières, mais l’obscurité.” Cette citation du philosophe Giorgio Agamben apparaît en exergue de l’exposition organisée à la Bourse du Commerce qui a pour thème le “clair-obscur”. Dans un parcours éclectique, parfois disparate, elle sonde l’esprit du temps, ce que le penseur italien appelle les “ténèbres du présent”, embrassant ce sentiment d’être sur la brèche, à l’aube d’une révolution comme d’une catastrophe. Car que surgira-t-il du brouillard et des ombres ?
Hybridations et vanités
Au centre du bâtiment, une vidéo du plasticien Pierre Huyghe (né en 1962) retient d’abord l’attention. Elle enregistre le mouvement de bras articulés qui s’affairent à orner de billes de verre un squelette exhumé dans le désert de l’Atacama, au Chili. Mystérieux, évoquant un univers de science-fiction et figurant une hybridation de l’homme avec la machine, ce film est marqué par la présence d’un réflecteur au centre de l’image, qui renvoie des éclats éblouissants au sein de ce rituel mortel.
Parmi l’ensemble d’œuvres de la Collection Pinault, certaines m’ont frappé tout particulièrement, comme l’installation de l’artiste conceptuel américain James Lee Byars, ex-étudiant de psychologie et de philosophie, largement inspiré par la pensée orientale. Il met en scène une vanité : un drap d’or tendu du sol au plafond, au centre duquel trône une pelote de corde, rappelant un entremêlement de viscères – l’artiste est mort l’année de la création, en 1997, d’un cancer de l’estomac.
“Images en fuite”
Mais le clou de cette exposition est assurément la salle dédiée au peintre roumain Victor Man (né en 1974), que j’ai découvert à cette occasion. Je vous invite à vous arrêter sur ces figures habitées, blafardes et olivâtres, plongées dans la pénombre. Rendant hommage au Caravage, à Goya ou à Gauguin, elles mêlent une technique très classique à des scènes d’une trivialité contemporaine, comme Titiriteros (photo) ou encore Girl with Goya’s Skull (Memorable Equinox), qui reprend tous les codes du memento mori. Victor Man approche ainsi ce qu’Annie Le Brun (elle-même amatrice de Goya) appelait dans La Vitesse de l’ombre des “images en fuite” ménageant une zone d’ombre et d’imagination qui se dérobe à notre “régime de visibilité”. Elle se demandait dans cet ouvrage pourquoi certaines images nous arrêtent : parce que ces “images-filantes” provoquent un singulier et salutaire “appel d’air”. Et cette fois, c’est très clair ! »
Exposition Clair-Obscur, à la Bourse du Commerce-Pinault Collection (Paris Ier), jusqu’au 24 août.
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