Entretien

Fabrice Midal : “Nos conceptions de la lutte sont associées à un logiciel de pensée obsolète”

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Fabrice Midal : “Nos conceptions de la lutte sont associées à un logiciel de pensée obsolète”

Fabrice Midal. © Céline Nieszawer/Leextra via opale.photo

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Dans un contexte de montée des tensions politiques et de crise écologique, la résistance est souvent pensée sur le mode de la lutte et de l’affrontement. À rebours de cette vision, le philosophe Fabrice Midal propose, dans son nouveau livre Empêcher que le monde ne se défasse (Flammarion), de repenser la résistance en cessant de résister « contre » afin d’apprendre à résister « pour ». Entretien. 


 

Pourquoi avez-vous écrit un livre sur la résistance ? 

Fabrice Midal : Je ne souhaite pas prendre la position surplombante de l’expert qui prétend avoir les réponses, et qui, se faisant, réduit la complexité du réel. Celui qui cesse d’interroger, qui sait. Il nous faut partir de la frayeur que nous éprouvons tous devant la disparition du monde : c’est-à-dire ce qui fait harmonie, comme le suggère le terme grec de « cosmos ». La possibilité d’être ensemble est mise à mal. La disparition du monde renvoie à l’effacement du visage et de la singularité de l’autre, comme le souligne Hannah Arendt dans sa réflexion sur le totalitarisme. Cela tient également, de manière plus diffuse, à ce que j’appelle la « calculabilité générale ». 

 

De quoi s’agit-il ? 

Désormais, tout est une question de vision comptable des choses et des gens : ce qui est, c’est ce qui est calculable. À cela s’ajoute un nihilisme ambiant qui mine toute volonté et tout espoir, ainsi que l’enfermement de chacun dans une identité figée qui me sépare des autres et me les fait apparaître comme antagonistes. La philosophie enseigne, au contraire de cette réduction identitaire, qu’être soi, c’est un travail à reprendre perpétuellement – et donc que toute identité n’est qu’un leurre.

 

Action vs. idéologie

Ce « travail à reprendre perpétuellement » est-il une lutte ?

Je ne crois pas en l’idée de lutte – qui me semble associée à un logiciel de pensée obsolète. C’est pourquoi j’ai choisi, pour intituler le livre, une phrase du discours de Stockholm, prononcé par Albert Camus lors de la réception de son prix Nobel : « Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. » Il présente cela comme une tâche plus grande, là où le sens commun y verrait au contraire une tâche plus modeste. La puissance du propos de Camus découle de cette humilité dans la définition de la résistance, qui me semble plus juste que les grands discours idéologiques qui finissent par devenir monstrueux.

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