Fernando Savater. “La solidarité est un égoïsme intelligent”

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Fernando Savater. “La solidarité est un égoïsme intelligent”

Paola AGOSTI/Opale/Leemage

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Cet article est issu du numéro 140 de Philosophie magazine « 140 - juillet 2020 », en kiosque le 18 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe et intellectuel européen Fernando Savater s’interroge sur les conséquences de la crise en Europe et sur la spécificité des cas espagnols et portugais.

Une frontière sépare le Portugal et l’Espagne, mais, de chaque côté, le bilan est dramatiquement opposé. Comment le comprendre ?

Fernando Savater : L’Espagne est l’un des pays qui a connu le confinement le plus exigeant et qui compte en Europe le plus grand nombre de morts par rapport à son nombre d’habitants – environ 28 000 aujourd’hui. Au Portugal, le nombre de morts est considérablement moindre – environ 1 400 –, alors que le confinement a été plus flexible. J’étais moi-même en Lombardie au mois de février et j’ai pu en partir pour rentrer chez moi, à San Sebastián. Ici, on pensait que c’était un problème spécifiquement italien, lié à l’importance des travailleurs chinois dans le nord du pays. Les réunions publiques et les événements sportifs se sont donc poursuivis tardivement. En revanche, le gouvernement portugais a réagi avant même le premier mort. Il a fermé les écoles et ses frontières et adopté des mesures sociales en faveur des plus pauvres. Les loyers ont été suspendus, et les immigrés ont été régularisés afin de bénéficier de la protection sociale le temps de la crise. L’un des aspects du problème espagnol est la dualité du gouvernement, partagé entre Podemos et le groupe socialiste. Ce face-à-face a favorisé l’adoption de mesures contradictoires d’un jour sur l’autre.

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