Europe
Ivan Krastev : “L’Union européenne devrait se définir comme un monastère au sein d’un monde de péché”
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Pour le politologue bulgare Ivan Krastev, auteur du “Destin de l’Europe” (Premier Parallèle, 2017), l’Union européenne doit défendre le caractère exceptionnel de son projet politique pour survivre au sein d’un monde antilibéral.
Qu’est-ce qui, selon vous, pose problème dans l’intégration européenne telle qu’elle se présente aujourd’hui ?
Ivan Krastev : L’intégration européenne a été un projet conçu pour des sociétés qui avaient peur de leur passé récent, le fascisme et le communisme, et tentaient de le surmonter. Mais aujourd’hui l’Europe est un continent peuplé de sociétés qui ont peur non tant de leur passé (qui est largement oublié) que du futur. Pour les jeunes générations, ces périodes sont de l’histoire ancienne. Il est très difficile de préserver la mémoire de traumatismes profonds datant de plus de deux générations. Même si le communisme a survécu jusqu’en 1989, ce dont les gens se souviennent en est une version beaucoup plus douce. Pour beaucoup de personnes arrivées en Europe d’Afrique ou du Moyen-Orient, « la guerre » ne signifie pas la Seconde Guerre mondiale, mais les guerres qu’ils ont fuies.
Ni le récit européen actuel, ni l’actuelle structure de l’Union ne sont appropriés pour répondre à ce défi tout à fait différent.
« Les Européens se sentent aussi nerveux qu’un végétarien invité à un dîner organisé par des cannibales »
Est-ce que l’idée d’une démocratie véritable est suffisamment forte pour que l’esprit européen s’affirme ? Comment y parvenir ?