Série : la mer dans tous ses états
La pêche est-elle vouée à l’excès ?
Varna (Bulgarie), le 6 décembre 2021. Todor, 71 ans, pratique une pêche traditionnelle. Malheureusement, en mer Noire, le stock de poisson a considérablement été réduit par la pollution de l’eau et la surpêche industrielle. © Hristo Rusev/Getty Images/AFP
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La pêche, une activité philosophique ? C’est ce qu’affirment de nombreux pratiquants (notamment pour la pêche à la mouche, et la pêche à la carpe), et de nombreux penseurs. Loin des pratiques industrielles de surpêche actuelle, ils en font un art de la patience et de la modération. Tour d’horizon.
« Cette activité me tente sans relâche parce que c’est un moyen de se familiariser avec la nature – pas qu’avec les poissons, mais avec l’eau, l’eau et le cadre, que sinon je ne verrais pas sous le même éclairage, et de temps à autre, même si ce n’est pas si souvent, parce que je souhaite apporter un peu de variété à mon régime en y ajoutant du poisson. » Curiosité naturaliste d’une part, plaisir gustatif de l’autre : c’est en ces termes que Henry David Thoreau décrit les joies de la pêche dans son Histoire de moi-même.
Besoin vital… et plaisir de la chasse
« J’aime parfois m’emparer de la vie luxuriante […] C’est à cause de ce que cela comporte de nouveauté et d’aventure qui m’y incite », ajoute-t-il. Au bord du ruisseau, Thoreau s’éprouve « obéissant aux mêmes nécessités que les premiers pêcheurs », guidé par un « instinct » naturel. Quelque chose, pourtant, freine sans arrêt son enthousiasme. « J’ai toujours le sentiment qu’il aurait mieux valu que je ne pêche pas. » Dans Walden (1854), il ajoute : « Je me suis aperçu à plusieurs reprises, ces dernières années, que je ne sais pêcher sans descendre un peu au regard du respect de soi-même. »
Et pour cause, comme il tente de l’expliquer : « Il y a incontestablement en moi cet instinct qui appartient aux ordres inférieurs de la création ; toutefois chaque année me trouve-t-elle de moins en moins pêcheur, quoique sans plus d’humanité, voire même de sagesse […] Mais je comprends que si je devais habiter un désert, je me verrais de nouveau tenté de devenir pêcheur et chasseur pour tout de bon. » Dans la situation qui est celle de Thoreau – où les consommations végétales suffisent à son alimentation –, la pêche semble entretenir gratuitement un instinct de chasseur, un plaisir sans nécessité de la mise à mort.