Politique
François Bayrou, un Premier ministre qui s’inspire des philosophes
François Bayrou en 2009. ©Jérôme Chatin / Expansion / Réa
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Agrégé de lettres classiques, François Bayrou n’a cessé tout au long de sa carrière de se référer, dans ses livres comme dans ses discours, à des philosophes. De Montaigne et Pascal à la figure moins connue du penseur pacifiste et écologique Lanza dal Vasto en passant par Charles Péguy, « l’homme de [sa] vie », nous revenons sur ce que le nouveau Premier ministre retient de chacun d’eux. Elles composent un portrait intellectuel d’un politique en quête de tolérance mais aussi d’illuminations mystiques et créatrices.
Montaigne : la richesse du pluralisme
Parmi les références philosophiques de François Bayrou vient d’abord Montaigne. Tous deux sont originaires du sud-ouest de la France. Mais la proximité géographique n’explique pas tout. Le maire de Pau se place dans le sillage de Montaigne « parce que [ce dernier] refuse d’être entraîné dans les sectarismes, dans la guerre des clans, et qu’il cultive la modération ». Le Premier ministre voit en Montaigne une préfiguration du centrisme qu’il défend. Il le relie à un mot d’ordre : « Nous pouvons vivre ensemble avec des idées différentes » – credo d’un pluralisme résolument libéral. Certes, ces notions modernes sont assurément un peu anachroniques pour parler de Montaigne, mais le principe qu’elles recouvrent n’en est pas moins important pour le philosophe très marqué par les guerres de religion qui ravagent la France de son temps. Pour Montaigne, nous pouvons vivre ensemble avec des religions différentes. Il faut accepter la « relativité des choses humaines ». Bayrou ose volontiers le parallèle : « On est en plein dans les guerres de religions », dit-il lorsqu’il évoque la situation française contemporaine. La problématique des guerres de religion est au cœur des réflexions du nouveau Premier ministre, qui a écrit abondamment sur Henri IV, protestant converti au catholicisme qui réconcilia, avec l’édit de Nantes de 1598 (« premier pas décisif dans l’histoire de la laïcité »), une France divisée. Montaigne, disparu en 1592, n’assistera pas à cette réconciliation. Mais il a rencontré plusieurs fois le futur roi de France avant son accession au trône. Il a notamment reçu le prince de Navarre dans son château, en 1584 et en 1587. En 1588, il est même chargé d’une mission diplomatique quasiment impossible : réconcilier le roi catholique Henri III avec son potentiel successeur. Devenu roi en 1589, Henri IV annonce dès le 4 août sa volonté de s’instruire sur le catholicisme. Montaigne correspond avec lui dans ses dernières années. Bref, Montaigne, pour Bayrou, c’est l’affirmation de la « richesse du pluralisme ».