2. Ce qui va changer… dans la Cité

Frédéric Gros : “Une guerre non pas conventionnelle, mais diffuse”

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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En ne séparant plus le civil du militaire, la logique du terrorisme fait éclater les représentations traditionnelles des conflits, affirme Frédéric Gros. Si les attentats justifient, selon lui, des mesures d’exception temporaires, nous sommes désormais sommés d’affirmer les principes auxquels nous ne pouvons renoncer sans nous renier.

Depuis l’horreur des attentats, une question agite le monde politique, médiatique et intellectuel : sommes-nous en guerre ? Pour l’exécutif, le débat ne se pose pas. Dans son intervention devant le Congrès, François Hollande a déclaré : “La France est en guerre.” Les élus et l’opinion semblent massivement en phase avec ce diagnostic. Pourtant, des voix s’élèvent pour contester le recours à ce terme, qui ne serait pas approprié à la situation et dont l’emploi même serait dangereux. Cette querelle n’est pas que verbale : dans le choix des mots, il y va des réponses que l’on souhaite apporter. Comment se repérer ? Quand on parle de “guerre”, me semble-t-il, il existe plusieurs registres de sens possibles. On peut faire usage de ce terme pour souligner l’intensité d’une hostilité ; c’est le sens métaphorique de la guerre, comme lorsqu’on évoque “la guerre économique” ou “la guerre des sexes”. Clairement, ce sens est ici hors sujet. Pour parler d’une guerre au sens propre, il faut la réunion de plusieurs critères. Cela suppose l’utilisation d’armes létales. Cette condition est nécessaire, mais pas suffisante – les assassins pathologiques ou les criminels crapuleux se servent de telles armes. Il faut aussi la désignation d’un ennemi collectif dont les individus ne sont que les représentants, selon une structuration binaire stricte (nous/eux). Or, à partir du moment où une organisation vous désigne comme son ennemi, vous n’avez pas le choix : elle devient votre ennemi, et il n’y a pas à lui opposer une exigence de paix. La relation de guerre est décidée par celui qui vous la déclare et le seul choix qui vous reste est celui des moyens de vous défendre. De ce point de vue, puisque l’État islamique fait de la population française sa cible, oui, la France est en guerre, en ce sens propre.

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