Biographie

Friedrich Nietzsche, l’intransigeant

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Friedrich Nietzsche, l’intransigeant

© Seb Jarnot pour PM

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Cet article est issu du numéro 6 de Philosophie magazine « 6 - février 2007 », en kiosque le 25 janvier 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Tout ce qui est profond aime le masque », a-t-il écrit dans Par-delà bien et mal. Friedrich Nietzsche est un auteur difficile, plus masqué que montré par les formules éclatantes jaillies de sa plume qui ont fait sursauter plus d’un auditoire. Si aucun philosophe n’a autant que lui déchaîné les passions, aucun n’a si peu revendiqué l’objectivité impersonnelle de la philosophie. Le style de Nietzsche rompt avec l’esprit de système propre à la pensée dogmatique et fait de la philosophie l’expression d’une singularité. « Mes ouvrages parlent uniquement de mes victoires : c’est “moi” qu’ils contiennent, avec tout ce qui me fut ennemi, ego ipsissimus, et même ego ipsissimum » [1], écrit-il dans sa préface à Humain, trop humain (tome II). La séduction indéniable qu’exerce cette pensée, même sur ceux qui en rejettent la radicalité, tient autant au caractère passionné de Nietzsche qu’à son destin peu commun.

Friedrich Wilhelm Nietzsche est né le 15 octobre 1844, à Röcken, près de Leipzig. Issu d’une lignée de pasteurs luthériens, le petit garçon est, semble-t-il, lent à parler, ne balbutiant pas un mot avant l’âge de deux ans et demi. Il en a à peine 5 lorsque son père meurt d’un « ramollissement cérébral ». Ce qui lui fera penser que sa propre maladie est héréditaire. L’enfant est alors élevé par sa mère, avec Élisabeth, la sœur possessive qu’il a surnommée le « lama ». Friedrich est l’enfant prodige : il compose de la musique, développe un don d’improvisation, rédige plusieurs histoires de sa vie. Il montre une telle supériorité qu’une bourse lui est offerte pour intégrer le collège de Pforta, établissement réputé qui a vu passer le poète Novalis et le philosophe Johann Fichte, figure de l’idéalisme allemand. Nietzsche y reçoit une éducation religieuse. Loin d’être le joyeux contempteur du christianisme qu’il sera adulte, l’adolescent est pieux, respectueux des valeurs chrétiennes, bref d’un surprenant conformisme. Il fait sa confirmation en 1861, bien que les signes de détachement se fassent déjà sentir. « Dès l’âge de 13 ans, j’étais déjà tourmenté par le problème de l’origine du mal – et quant à la solution : je laissais, comme de juste, l’honneur à Dieu et j’en faisais le père du mal », raconte-t-il dans l’avant-propos à la Généalogie de la morale.

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