L’aventure d’un classique
“Ainsi parlait Zarathoustra”. La morale, par-delà bien et mal
Ilustration Nietzsche. © William L.
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Cet article est issu du numéro 155 de Philosophie magazine « À quoi voit-on qu’on a vieilli ? », en kiosque le 02 décembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Avec Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche tente de mettre à bas l’universalité de la morale. Une lecture décapante que présente le spécialiste et traducteur du philosophe, Guillaume Métayer.
« Toute sa vie, Nietzsche a cherché une écriture philosophique qui lui soit propre, en épousant et épuisant des formes littéraires diverses. Il a écrit de nombreux poèmes en vers, qui ont longtemps été l’une des formes privilégiées de sa recherche intellectuelle. Il a également exploré la forme de l’essai lyrique avec La Naissance de la tragédie (1872), du pamphlet avec les Considérations inactuelles (1873-1876) et des aphorismes dès Humain trop humain (1878). Ainsi parlait Zarathoustra est à la fois un poème, un récit, une incarnation des idées nietzschéennes dans un style narratif, mais aussi une parodie de la Bible. Ce texte a donc un statut très particulier dans son œuvre. Il est l’aboutissement de différentes recherches formelles, un syncrétisme de plusieurs formes littéraires et stylistiques que le philosophe explore depuis des années.
Le texte allemand est de ce point de vue frappant : c’est, par exemple, une langue extrêmement allitérative. Nietzsche s’inspire en cela d’une tradition germanique médiévale, le Stabreim (“allitération”). Les poèmes du haut Moyen Âge ne rimaient pas forcément, comme dans les langues romanes, mais sonnaient au moyen des allitérations. C’est un procédé que l’on retrouve dans la Bible de Luther, un ouvrage fondamental pour comprendre le Zarathoustra de Nietzsche. L’autre source des allitérations nietzschéennes est à chercher du côté du drame musical de Richard Wagner. Zarathoustra est aussi une parodie d’opéra de celui qui fut son ami avant qu’ils ne se brouillent définitivement. Tout le “discours préliminaire”, que l’on traduit généralement par “prologue”, martèle vraiment d’emblée les allitérations. De ce fait, l’aspect parodique est plus évident en allemand qu’en français, dont la traduction manque parfois les nombreux jeux de mots.