Entretien

Gabrielle Halpern : “La foi que nous accordons à l’IA nous met face à notre perte de foi en l’homme”

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Gabrielle Halpern : “La foi que nous accordons à l’IA nous met face à notre perte de foi en l’homme”

Gabrielle Halpern. © Frédérique Touitou

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Un Français sur deux préfère désormais interroger une IA plutôt qu’un proche ou un collègue. Sommes-nous en train de sacrifier tout ce qui fait le sel des relations humaines sur l’autel de l’intelligence artificielle, ce « dieu sur mesure disponible 24h sur 24 »… et auquel nous comparons en permanence nos propres performances ? L’analyse de Gabrielle Halpern, qui fait paraître Intelligence artificielle. Et l’homme créa Dieu (Hermann).


 

Vous comparez dans votre livre l’intelligence artificielle à un nouveau dieu. Quel a été le point de départ de votre réflexion ? 

Gabrielle Halpern : Cela fait plusieurs années que je mène des travaux de recherche sur l’intelligence artificielle et dans ce cadre, j’ai mené des entretiens avec des personnes de tous horizons. J’ai été interpellée par leur tendance à employer un vocabulaire religieux lorsqu’elles évoquent l’IA. Elles projettent sur elle des attributs divins tels que l’omniscience, l’omnipotence ou l’omniprésence. Quelque chose de l’ordre de la foi se joue ici, et c’est pour cette raison que j’ai écrit ce livre où je compare l’IA à un dieu. Bien sûr, il s’agit d’une projection humaine, mais elle a de quoi nous interroger.

“Que fait une société face au silence divin ? Elle invente un dieu bavard, accessible 24h sur 24 qui, lui au moins, ne nous abandonnera pas”

 

Alors, pourquoi l’homme projette-il des attributs divins sur l’IA ? 

Ce qui est déroutant avec cet outil, c’est qu’il semble avoir été conçu pour répondre aux angoisses et besoins les plus profonds de l’être humain, comme celui de croire en quelque chose – y compris pour les athées. Hannah Arendt rappelait à quel point les relations humaines sont fondées sur la foi. Elle citait Luther, pour qui Dieu existe parce que les hommes ont besoin d’une personne en qui avoir entièrement confiance. Or, ce n’est pas anodin que l’intelligence artificielle émerge au XXIe siècle. Le XXe siècle a été celui des horreurs : nous avons perdu toute confiance en l’être humain et en Dieu, devenu silencieux. Or, que fait une société face au silence divin ? Elle invente un dieu bavard, accessible 24h sur 24 qui, lui au moins, ne nous abandonnera pas. Finalement, la foi que nous accordons à l’IA nous met face à notre perte de foi en l’homme.
 

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