Exposition
Giulia Andreani : une “peinture froide” haute en couleur
Giulia Andreani, La Gifle, 2014. Aquarelle sur papier, 95 x 125 cm. Courtesy de l’artiste et de la galerie Max Hetzler Berlin, Paris, Londres, Marfa. Collection Ronan Grossiat. Photo : Marc Domage. © Adagp, Paris, 2026
Le musée d’Art contemporain de Lyon présente en ce moment les tableaux de Giulia Andreani. De la « peinture froide », comme le suggère le titre de l’exposition ? Certes, la couleur gris-bleu caractéristique des œuvres de l’artiste rappelle un passé à moitié effacé, qui revient comme nous hanter… Pour autant, les réalisations d’Andreani ne manquent pas d’audace : elles pourraient même échauffer quelques spectateurs !
« Gris de Payne. C’est le nom (attribué d’après un aquarelliste anglais) de la couleur unique empruntée, dans toutes ses variations, par Giulia Andreani pour ses compositions. Le musée d’Art contemporain de Lyon lui dédie une exposition, qui réunit des œuvres réalisées entre 2011 et 2025. Leur tonalité bleutée et ses dégradés donne une couleur à la mémoire et à ses traces. Car, pour créer, la peintre part d’un important travail de recherche, puisant dans les archives – photos, textes, lettres, films… – qu’elle interprète sur ses toiles.
Des présences effacées
Le gris de Payne est habituellement employé par les artistes pour appliquer les ombres, pour “ombrer”. Métaphoriquement, ce sont bien des présences effacées, des quasi spectres que Giulia Andreani rappelle à la surface de ses toiles, pratiquant ce que Jacques Derrida a appelé une “hantologie”. Avec ce néologisme, le philosophe nomme l’ontologie (l’étude ce qui est) de l’absence, du passé qui nous hante. Dans le parcours, ce sont parfois des figures inconnues ou oubliées, souvent des femmes artistes, “pompières”, infirmières… mais aussi des personnages notoires, que l’artiste ramène dans un cadre prosaïque, comme dans la série T’aimes pas ça la peinture ? où elle représente Balzac avec un tatouage dans le cou. Ou encore, mais avec davantage d’intensité dramatique, dans la série Daddies, qui met en scène des acteurs des régimes totalitaires dans des scènes de famille, suggérant la banalité du mal.
Portrait de l’artiste en “agent perturbateur”
Ce n’est pas confortable, et Giula Andreani le reconnaît. Elle se figure d’ailleurs elle-même dans un autoportrait en “artiste-microbe”, se pensant comme un “agent perturbateur”. Bien qu’elle adopte une figuration d’abord classique, elle revendique aussi une “peinture énervée”. Ainsi La Gifle (photo) qu’une femme assène à un homme qui vacille ou, dans un registre plus historique, son tableau intitulé Damnatio Memoriæ III, représentant une femme munie d’un marteau qui s’apprête à détruire un buste futuriste de Mussolini. Sous la grisaille, sa peinture froide se montre haute en couleur ! »
Peinture froide, exposition de Giulia Andreani au musée d’Art contemporain de Lyon. Jusqu’au 12 juillet. Infos pratiques.
➤ Ce texte est issu de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi à 18h. Abonnez-vous, elle est gratuite !