Grèce antique. Sphinge
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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cette figure féminine démoniaque profiterait du sommeil des hommes pour abuser d’eux et voler leur semence. Une angoisse antique qui renaît à l’ère du Viagra.
Signe des temps, un récit commence à se multiplier dans la presse rappelant qu’un homme peut être violé par une femme. Souvent, on a ajouté quelque substance au verre d’alcool – du Viagra, par exemple. Et lorsqu’il reprend conscience, l’homme est paralysé, sur le dos, parfois ligoté, le sexe endolori.
Si nous avons du mal à prendre cette idée au sérieux, les anciens Grecs l’avaient élaborée dans la figure de la Sphinge. Loin du démon intellectuel posant des questions métaphysiques à Œdipe, la Sphinge était une créature assaillant les jeunes gens endormis, s’accouplant avec eux contre leur volonté pour leur dérober leur sperme. À Vienne, au musée d’Éphèse, trône une statue de Sphinge violant un jeune homme. Ses pattes arrière, léonines, immobilisent les pieds du dormeur, à demi dressé sur ses bras. La position de ce dernier rappelle celle du laboureur violé par une sirène sur un bas-relief de l’époque alexandrine, celui-là clairement en érection. Dans les deux représentations, le jeune homme semble rouler des yeux, pris entre orgasme et effroi.