Exposition
Hilma af Klint au Grand Palais : du spirituel dans l’art
Hilma af Klint, “Les Dix plus grands, n°2 (Enfance)”, 1907. Tempera sur papier contrecollé sur toile, 315 × 234 cm, HaK103. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation. Photo : Moderna Museet, Stockholm (Suède) — Hilma af Klint vers 1895. By courtesy of the Hilma af Klint Foundation. Photo : Moderna Museet, Stockholm (Suède)
Redécouverte récemment par le grand public, la peintre suédoise Hilma af Klint fait l’objet d’une rétrospective au Grand Palais, à Paris. Notre journaliste Ariane Nicolas s’y est rendue : elle a découvert des réalisations graphiques impressionnantes, à la fois abstraites et mystiques, qui traduisent la quête spirituelle de l’artiste dans un langage visuel lumineux.
« Hilma af Klint n’a pas attendu Vassily Kandinsky pour mettre “du spirituel dans l’art”, comme ce dernier le préconise dans son livre paru en 1911. Dès l’aube du XXe siècle, la peintre suédoise couche sur toiles des formes abstraites puisant dans une large palette de couleurs, souvent pastel ou acidulées, pour mieux restituer, avec le pinceau, les forces de l’esprit.
D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?
Membre d’une société féminine de spiritisme, Hilma af Klint peint d’abord des arabesques florales et des sphères éclatantes, qui renvoient aussi bien à l’infiniment petit qu’à l’infiniment grand. Où sommes-nous ? Dans sa tête ? La nôtre ? Dans celle d’une divinité ? Passionnée par la chromatologie, l’artiste dessine aussi des spectres fractionnant les couleurs, de manière littérale, et s’attache ailleurs à donner une signification spécifique à chaque teinte : inspirée par des auteurs ésotériques comme le prêtre Charles Webster Leadbeater, qui établit une sorte de grammaire colorimétrique dans le livre L’Homme visible et invisible (1902), Hilma af Klint célèbre l’intellectualité dans le jaune impérial, l’affection désintéressée dans le rose dragée, la sympathie dans le vert pistache... Réalisant ses tableaux en séries, elle s’intéresse aussi à l’évolution darwinienne sous un angle mystique, imaginant par exemple la réunion des genres féminin et masculin dans un troisième genre qui rapprocherait notre espèce de la perfection divine.
Un occultisme lumineux
C’est que l’artiste, dont l’œuvre a été longtemps tenue secrète avant d’être redécouverte il y a quelques décennies, était adepte de théosophie, pseudo-religion inventée par Rudolf Steiner en réaction à l’industrialisation du monde, au rationalisme asséchant et à l’atomisation caractéristique de la Modernité. Quête d’unité, valorisation de l’intuition, extériorisation de l’intériorité... Hilma af Klint invente des motifs complexes et doux, tantôt ondulants et tantôt structurés, qui ont moins pour but de traduire sa subjectivité intime que de révéler la beauté incandescente de toute conscience. Le grand paradoxe étant que ses peintures, imprégnées d’occultisme, sont d’une luminosité et d’une pétillance rares. Même les esprits cartésiens seront séduits ! »
Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915), exposition au Grand Palais, à Paris. Jusqu’au 30 août. Infos pratiques.
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