Le billet de Martin Legros
Il faut imaginer Monique heureuse. Le billet de Martin Legros
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Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine « Sexe. Où est-ce que ça coince ? », en kiosque le 25 avril 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’héroïsme a-t-il encore un sens ? C’est la question que posait déjà la philosophe américaine d’origine juive ukrainienne, Rachel Bespaloff (1895-1949) dans Le Monde du condamné à mort, texte posthume qui vient d’être réédité chez R & N. Proposant une magistrale relecture de l’œuvre d’Albert Camus, Bespaloff considère qu’elle se ramasse en une seule interrogation : « Quelle est la valeur qui se maintient aux yeux du condamné à mort qui refuse la consolation du surnaturel ? » En regard des classiques ou des romantiques, l’héroïsme de Camus est désenchanté. Après les génocides et les massacres du XXe siècle, le héros ne peut plus prendre le visage naïf de l’individu qui conquiert la grandeur et la gloire dans le risque assumé de la mort, celui du soldat sur le champ de bataille ou de l’amoureux qui brise les codes sociaux. C’est dorénavant dans la confrontation avec l’absurde qu’il se joue, sur un mode plus humble, donc. Mais, il n’empêche, à la pointe de sa révolte subsiste pour le héros camusien comme pour le héros stendhalien l’expérience d’un frêle bonheur qui justifie de tout recommencer : « Julien a retrouvé dans l’amour de Mme de Rénal toute la joie que lui volait autrefois l’ambition. Meursault découvre enfin la vérité de sa vie sordide : il a été heureux, il l’est encore, il se sent prêt à tout revivre. »