Il faut qu'une porte soit ouverte et fermée

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Quand il voit Prunelle sortir de ses gonds à force d’ouvrir et fermer la porte au chat, l’ingénieux Gaston entreprend de pratiquer une chatière. Avec l’astuce d’un détour technique, il teste la flexibilité des portes, mais aussi celle des humains.

Rien de mieux pour penser l’essence de la technique que de choisir un petit exemple – tel est notre travers, à nous autres philosophes empiriques. Et pour ne pas intimider par des techniques de pointe, prenons l’invention d’une porte par ce maître de l’invention qu’est Gaston Lagaffe, le héros de Franquin. En une planche, tout est dit : la technique se définit par la médiation des rapports entre les hommes, d’une part ; entre les hommes, les choses et les bêtes, d’autre part.

« Maaâw ! » Soit un chat qui miaule dans le bureau du journal Spirou. Pourquoi un chat dans un bureau belge ? Nous ne nous attarderons pas sur cette question. Quoi qu’il en soit, le chat miaule et réclame de Prunelle, supérieur hiérarchique de Gaston, qu’il ouvre la porte. « Je suis devenu portier pour chat ! », s’écrie Prunelle, indigné d’être mécanisé, instrumentalisé, machiné par une porte, par un chat et par Gaston. De même qu’il existe des grooms – humains et mécaniques – qui ferment les portes, Prunelle est devenu un groom humain ouvre-et-ferme-porte. Sa posture figée et furieuse indique assez qu’il imite une machine, qu’il fait le robot.

Une crise éclate bientôt car le chat miaule encore. Il veut que la porte soit toujours ouverte afin d’aller et venir librement. Cette psychologie du chat, Prunelle devrait la connaître. Son ignorance indigne Gaston : « Tu ne sais pas qu’un chat ne supporte pas les portes fermées ? ! ?... Et qu’il a besoin d’une sensation de liberté ? !... » Gaston, porte-parole des droits du chat, et le chat – dignement représenté par Gaston et capable d’ailleurs de s’exprimer lui-même par des miaulements à fendre l’âme – veulent donc que le groom-ouvre-et-ferme-porte soit toujours de garde afin de faire respecter le droit des bêtes. C’est qu’ils ignorent portes et murs, les félidés, et que, s’ils aiment à profiter du confort des âtres, ils ne veulent pas y rester prisonniers. Parfaits parasites, ils veulent tout prendre sans rien donner. Domestiques mais sauvages, tels sont les chats. Nul n’y peut rien changer.

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