Un classique éclaire le présent

Le fitness en ligne, activité favorite du “dernier homme” ?

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Le fitness en ligne, activité favorite du “dernier homme” ?

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Sans compter une brève ouverture estivale, cela va faire un an que les salles de sport sont fermées. Que devient le sport en temps de Covid-19 ? Comme le reste, il s’est considérablement dématérialisé. Et ce n’est pas l’offre qui manque. Applications, chaînes YouTube ou comptes Instagram, en direct ou en différé : il y a en a pour tous les goûts – et la bonne nouvelle, c’est que la plupart du temps, c’est gratuit. Là, les nouveaux gourous de la remise en forme exhortent en permanence leur audience à « se dépasser », dans un culte du corps et de la performance pour soi-même, invoquant plus ou moins explicitement différentes raisons (santé, esthétique, « bien-être », « confiance en soi »…). On peut alors légitimement se demander : qu’aurait pensé Nietzsche, théoricien par excellence de la « volonté de puissance » et du surhomme, de cette « révolution » sportive ?

 

Sport 2.0 ?

Les coachs sportifs, devenus des célébrités comme « Sissy Mua » ou « Tibo InShape », comptent désormais leurs nombres d’abonnés en millions, et plus de cent mille personnes visionnent parfois simultanément la même vidéo. Chacun de ces entraîneurs d’un nouveau genre constitue une « communauté » de fidèles baptisée pour l’occasion. Les fans de Sissy s’appellent les « fitgens », ceux de Tibo forment « la team shape »… Ce sentiment d’appartenance est renforcé par un langage particulier, connu des initiés à la « culture fitness ». Les exercices, aux dénominations le plus souvent importées de l’anglais (squats, jumping jacks, burpees…)  consistent pour l’essentiel à allier le « cardio » (sauts divers et variés) à la musculation (gainage et mouvements musculaires ciblés).

Mais outre la méthode, ce sont les valeurs sportives qui évoluent. Comme le sport n’est pas collectif, il n’y a pas d’adversaire à dépasser ni de compétition. Le but ultime est donc de « devenir la meilleure version de soi-même ». Il s’agit d’adapter le sport aux individus, car chacun doit pouvoir être son propre étalon de mesure. C’est la raison pour laquelle l’offre devient de plus en plus personnalisable. « Se dépenser », « se muscler », «  se détendre » : chacun ses objectifs et son style de vie. La séance ne sera pas la même pour les pressés et la famille, par exemple.

Cette personnalisation extrême a quelque chose de rassurant. D’autant plus que le coach, ne voyant pas les « coachés », ne peut pas les critiquer. Pourtant, les encouragements pleuvent : « Vous êtes les meilleurs », « Ne lâchez pas ! », « On y est presque », « Bravo, plus que quelques secondes ! » Les séances finissent même par un moment d’auto-applaudissement. Le sportif de salon en ressort galvanisé, avec le sentiment d’avoir réalisé son objectif du jour. Tandis que le télétravail et le chômage partiel chamboulent les horaires habituels, le sport en ligne offre des programmes d’entraînement fixes. Pour celui qui tient à « rester en forme », cette possibilité donne une structure à la journée, répondant à un besoin de contrôler son temps, de rationaliser son quotidien.

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